vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402210 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. C B et la société Instaburger, représentés par Me Rooryck-Sarret, demandent au juge des référés :
1°) de prononcer, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande d'admission au séjour de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de titre de séjour délivré à M. B, la société Instaburger est confrontée à une désorganisation de son activité faute de personnel dans un métier en tension ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux est remplie dès lors que l'arrêté attaqué :
*est insuffisamment motivé ;
*est entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation de M. B ;
*a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
*est entaché d'erreur de droit ;
*est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
*méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge des référés ;
- la requête, enregistrée le 3 juin 2024 sous le n° 2402158, tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 18 février 1977, a déclaré être entré en France le 7 juillet 2008. Il demande, avec la société Instaburger, la suspension de l'exécution de de l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " En vertu de l'article L. 522-3 du même code, lorsque, notamment, la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou est irrecevable, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. En vertu de l'article R. 522-1 du même code, la requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit justifier de l'urgence de l'affaire.
3. En premier lieu, en vertu du premier alinéa de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert devant le tribunal administratif pour contester cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur la légalité de ces décisions s'il a été saisi. En l'espèce, le tribunal est saisi d'une requête tendant à l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination contenues dans l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 2 mai 2024 attaqué. Ainsi, eu égard à l'effet suspensif qui s'attache de plein droit à ce recours au fond, la demande de suspension de l'exécution de ces mesures d'éloignement est manifestement irrecevable.
4. En second lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée globalement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. Pour justifier de l'urgence à ce que l'exécution de la décision refusant l'admission au séjour de M. B soit suspendue, les requérants se bornent à soutenir qu'en l'absence de titre de séjour délivré à l'intéressé, la société Instaburger est confrontée à une désorganisation de son activité faute de personnel dans un métier en tension. Cette circonstance est insuffisante pour établir l'existence d'une situation d'urgence nécessitant une intervention du juge des référés sans attendre le jugement au fond. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée en l'espèce comme étant remplie.
6. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 2 mai 2024. Par voie de conséquence, leurs conclusions présentées au titre des frais de l'instance doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B et de la société Instaburger est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la société Instaburger.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.
Fait à Rouen, le 5 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
G. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2402210ah
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