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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402240

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402240

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantDANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2024 et des mémoires complémentaires enregistrés les 22 juillet, 25 juillet, 26 août et 9 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Dantier, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour mention " étudiant ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et à cet effet de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, dans l'un et l'autre cas, sous astreinte journalière de 100 euros ;

4°) d'enjoindre au préfet de prendre les mesures propres à assurer l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et l'effacement de son inscription au fichier des personnes recherchées ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros HT en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît l'article 9 de la convention franco-burkinabé ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- repose sur un refus de séjour illégal ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision octroyant un délai de départ volontaire :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur de droit ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 26 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 septembre 2024, à douze heures.

Des pièces, présentées pour le requérant, ont été enregistrée le 20 octobre 2024, sans être communiquées.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Burkina Faso relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Ouagadougou le 14 septembre 1992, ensemble l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Burkina Faso relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au développement solidaire, signé à Ouagadougou le 10 janvier 2009 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Dantier, pour M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant burkinabé né le 21 décembre 1998 est entré en France muni d'un visa de long-séjour " étudiant ", le 31 août 2019. Son titre de séjour a été régulièrement renouvelé jusqu'au 26 septembre 2023. Le 18 juillet 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Cette demande a été rejetée au motif d'une incomplétude du dossier. Le 8 décembre suivant, il a de nouveau sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par l'arrêté litigieux, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter l'arrêté en litige.

Sur le refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-burkinabé susvisée : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de faire () des études supérieures sur le territoire de l'autre Etat doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription de l'établissement d'accueil ainsi que de moyens d'existence suffisants. ".

6. Au cas d'espèce, à la date d'édiction du refus de séjour en litige, la seule attestation d'inscription dans un établissement au titre de l'année universitaire 2023-2024 présentée par le requérant dans le cadre de l'instruction de sa demande, émanait de l'école " STUDI ", dispensant des formations à distance. Un tel enseignement ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre. Par suite, en refusant de délivrer une carte de séjour à M. B au motif qu'il était inscrit à des cours par correspondance, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur de droit dans l'application des dispositions conventionnelles citées au point précédent.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B séjournait en France depuis le 31 août 2019 avec un titre de séjour " étudiant " ne lui donnant pas vocation à s'établir durablement sur le territoire national. L'intéressé est célibataire, sans charge de famille en France. Il ne peut être tenu pour établi, et il n'est d'ailleurs pas allégué, qu'il est dépourvu d'attaches personnelles et familiales au Burkina-Faso. Enfin, si le requérant justifie d'une activité salariée depuis le 1er mars 2022, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

9. En dernier lieu, au regard des motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant tous été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les motifs exposés aux points n° 6 et 8, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur la décision octroyant un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

13. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru tenu d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire de trente jours, délai de droit commun. En outre, si M. B soutient que le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-1 en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire d'une durée supérieure à trente jours, il n'établit pas avoir sollicité l'octroi d'un délai plus long et ne fait pas plus état d'éléments précis de nature à justifier qu'un tel délai lui soit accordé. Le moyen tiré de l'erreur de droit et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point précédent doivent, par suite, être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant ne peut valablement exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".

16. L'arrêté litigieux, après avoir rappelé la nationalité burkinabé du requérant, fait clairement état de ce que l'intéressé rejoindra " le pays dont il a la nationalité ". Ce faisant, le préfet a mentionné le pays de renvoi forcé, au sens des dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

17. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant ne ressort pas des pièces du dossier.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. Il ressort des pièces du dossier que M. B a séjourné en France, de manière régulière, entre août 2019 et septembre 2023, pour y poursuivre des études. L'intéressé n'a jamais fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement. Il n'est pas allégué par l'administration qu'il représenterait une quelconque menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en décidant de prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'un mois à son encontre, le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, cette décision encourt l'annulation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à solliciter l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois prononcée à son encontre, le 31 mai 2024, par le préfet de la Seine-Maritime.

Sur l'injonction :

20. L'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un mois implique nécessairement que soit supprimé le signalement dont a fait l'objet M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen.

21. L'exécution du présent jugement n'implique pas, de manière nécessaire, l'effacement de l'inscription de M. B du fichier des personnes recherchées.

22. Le surplus des conclusions de la requête étant rejeté, il n'y a lieu de prononcer aucune autre mesure d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 31 mai 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dantier et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Boulay, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2402240

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