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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402307

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402307

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique
Avocat requérantMERHOUM AMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 14, 17 et 18 juin 2024, Mme A B Le, représentée par Me Merhoum-Hammiche, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a ordonné son placement en rétention administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant placement en rétention administrative :

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas reçu l'information et la protection prévues par la convention du 16 mai 2005 sur la lutte contre la traite des êtres humains, la directive 2004/81/CE du Conseil du 29 avril 2004 et la directive 2011/36/UE du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière :

. en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;

. dès lors qu'elle n'a pas reçu l'information prévue à l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas reçu l'information et la protection prévues par la convention du 16 mai 2005 sur la lutte contre la traite des êtres humains, la directive 2004/81/CE du Conseil du 29 avril 2004 et la directive 2011/36/UE du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulière ;

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Pas-de-Calais a produit des pièces enregistrées le 14 juin 2024.

Par courrier du 18 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2024 du préfet du Pas-de-Calais en tant qu'il ordonne le placement de Mme Le en rétention administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. F comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 juin 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Merhoum, représentant Mme Le, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Après avoir abandonné les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il ordonne le placement de Mme Le en rétention administrative, elle a ajouté que les services de police disposaient d'indices suffisants pour remettre à l'intéressée l'information prévue à l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ont également été entendues les observations de Mme Le, assistée de M. C, interprète en langue vietnamienne, qui a précisé les conditions de son séjour en Russie, de son interpellation et les perspectives envisagées au Royaume-Uni, ainsi que ses craintes en cas de retour au Vietnam.

Le préfet du Pas-de-Calais n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 15 h 19, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B Le, ressortissante vietnamienne née le 27 juillet 1997, déclare être entrée sur le territoire français au cours du mois de juin 2024. Par suite de son interpellation le 13 juin 2024, ayant donné lieu à la vérification de son droit au séjour et par l'arrêté attaqué du même jour, le préfet du Pas-de-Calais lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur le désistement :

4. Mme Le a déclaré à l'audience se désister des conclusions de sa requête tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il ordonne son placement en rétention administrative. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur l'arrêté pris dans son ensemble :

5. En premier lieu, par arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 31 octobre, librement consultable par les parties sur le site internet de la préfecture du Pas-de-Calais, M. D E, chef du bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet du Pas-de-Calais à l'effet de signer les décisions relatives aux obligations de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire, aux interdictions de retour sur le territoire français et les arrêtés fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, vise les dispositions dont il fait application et relève que Mme Le, qui n'est en possession d'aucun document d'identité ou de voyage, ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, ni d'y avoir sollicité un titre de séjour. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois en France et dans son pays d'origine, et indique qu'elle n'y est pas exposée, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, Mme Le a été entendue le 13 juin 2024, préalablement à l'intervention de la décision attaquée, sur l'irrégularité de son séjour et la perspective de son éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit de Mme Le à être entendue préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement n'a pas été respecté doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le service de police ou de gendarmerie qui dispose d'éléments permettant de considérer qu'un étranger, victime d'une des infractions constitutives de la traite des êtres humains ou du proxénétisme prévues et réprimées par les articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, est susceptible de porter plainte contre les auteurs de cette infraction ou de témoigner dans une procédure pénale contre une personne poursuivie pour une infraction identique, l'informe : / 1° De la possibilité d'admission au séjour et du droit à l'exercice d'une activité professionnelle qui lui sont ouverts par l'article L. 425-1 ; / 2° Des mesures d'accueil, d'hébergement et de protection prévues aux articles R. 425-4 et R. 425-7 à R. 425-10 ; / 3° Des droits mentionnés à l'article 53-1 du code de procédure pénale, notamment de la possibilité d'obtenir une aide juridique pour faire valoir ses droits. / Le service de police ou de gendarmerie informe également l'étranger qu'il peut bénéficier d'un délai de réflexion de trente jours, dans les conditions prévues à l'article R. 425-2, pour choisir de bénéficier ou non de la possibilité d'admission au séjour mentionnée au 1°. / Ces informations sont données dans une langue que l'étranger comprend et dans des conditions de confidentialité permettant de le mettre en confiance et d'assurer sa protection. () ". Ces dispositions, ainsi que celles de l'article L. 425-1 du code précité, transposent en droit interne celles des articles 5 et 6 de la directive du 29 avril 2004 et de l'article 11 de la directive du 5 avril 2011 susvisées, dont Mme Le ne peut dès lors utilement invoquer la méconnaissance.

9. Les dispositions précitées chargent les services de police d'une mission d'information, à titre conservatoire et préalablement à toute qualification pénale, des victimes potentielles de faits de traite d'êtres humains. Ainsi, lorsque ces services ont des motifs raisonnables de considérer que l'étranger pourrait être reconnu victime de tels faits, il leur appartient d'informer ce dernier de ses droits en application de ces dispositions. En l'absence d'une telle information, l'étranger est fondé à se prévaloir du délai de réflexion pendant lequel aucune mesure d'éloignement ne peut être prise, ni exécutée, notamment dans l'hypothèse où il a effectivement porté plainte par la suite.

10. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition, Mme Le, dépourvue de document d'identité ou de voyage, a déclaré avoir quitté le Vietnam cinq mois auparavant et s'être rendue par camion, depuis la Russie, " avec divers passeurs ", en France, où elle est arrivée au mois de juin 2024, avec pour destination finale la Grande-Bretagne, en vue d'y travailler, pour régler les dettes familiales. Elle a indiqué avoir vécu depuis " dans la rue dans des bois avec des compatriotes ". Interrogée sur sa participation à un réseau de prostitution à son arrivée en Grande-Bretagne, ainsi que sur la possibilité de porter plainte et d'être hébergée pour " prendre le temps de la réflexion sur sa situation actuelle ", Mme Le a répondu par la négative. Elle a en outre été interpelée en gare de Boulogne-Ville alors qu'elle circulait à pied, en possession d'un gilet de sauvetage, sans présence d'un passeur, ce qu'elle a confirmé à l'audience. Dans ces conditions, en dépit du témoignage, non dépourvu de vraisemblance, de l'intéressée à l'audience sur les conditions de son séjour en Russie, et eu égard à ses déclarations lors de son audition, aux modalités de son transit en France et d'organisation de son passage en Grande-Bretagne, qui ne correspondent au demeurant pas, en dehors de son séjour temporaire en Russie, aux caractéristiques des réseaux de passeurs vietnamiens organisant des trafics d'êtres humains décrits dans le rapport annuel d'évaluation, pour l'année 2022, du Centre fédéral Migration belge Myria, librement consultable en ligne par les parties, et enfin aux modalités de son interpellation, le service de police ayant pris en charge Mme Le ne peut être regardé comme ayant disposé de motifs raisonnables permettant de considérer qu'elle pourrait être reconnue victime de faits de traite d'êtres humains. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En dernier lieu, dès lors que Mme Le qui, arrivée au mois de juin 2024 et dépourvue de document d'identité ou de voyage, s'est maintenue irrégulièrement en France, n'allègue pas y disposer d'attaches particulières, alors qu'elle n'en est pas dépourvue au Vietnam, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

14. Il est constant que Mme Le ne dispose d'aucun document de voyage ou d'identité, n'est pas entrée régulièrement sur le territoire français, n'a jamais sollicité de titre de séjour, ni ne justifie d'une résidence stable. Ces circonstances suffisent à regarder comme établi le risque qu'elle se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi de la mesure d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de cette mesure doit être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de ce dernier article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. Les allégations de Mme Le, qui n'a au demeurant pas déposé de demande d'asile, à propos de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine ne sont assorties d'aucun commencement de preuve, notamment quant à l'impossibilité de rechercher la protection des autorités de son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

20. Eu égard à ce qui a été dit au point 10, les circonstances humanitaires dont se prévaut Mme Le pour justifier qu'aucune interdiction de retour ne soit édictée ne peuvent être regardées comme établies. Par ailleurs, l'intéressée arrivée très récemment en France et y étant dépourvue d'attaches, la durée d'un an de cette interdiction ne présente pas un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de Mme Le.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 juin 2024 du préfet du Pas-de-Calais doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme Le est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions de la requête de Mme Le tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2024 du préfet du Pas-de-Calais en tant qu'il ordonne son placement en rétention administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme Le est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B Le, à Me Merhoum-Hammiche et au préfet du Pas-de-Calais.

Lu en audience publique, le 18 juin 2024.

Le magistrat désigné,

J. FLa greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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