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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402349

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402349

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, un mémoire, enregistré le 23 septembre 2024 qui n'a pas été communiqué, et des pièces complémentaires, enregistrées les 17 septembre 2024 et 20 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Mukendi-Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de procéder au réexamen de sa situation, le tout sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

* la décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'application des dispositions de l'article 9 de l'accord franco-ivoirien ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* l'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* la décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 6 septembre 2024 fixant la clôture de l'instruction au 23 septembre 2024 à 12 h ;

- la décision du 15 mai 2024 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Minne, président de chambre ;

- et les observations de Me Mukendi-Ndonki, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 22 mars 2003, est entré en France le 24 août 2020, sous couvert de son passeport national revêtu d'un visa " mineur scolarisé ". Il s'est vu délivrer des titres de séjour portant la mention " étudiant " du 18 août 2021 au 17 août 2023. Par l'arrêté du 25 janvier 2024 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa dernière demande de renouvellement, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué cite, notamment, les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne et les dispositions des articles L. 611-1, L. 613-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention "étudiant". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. () " Aux termes de l'article 14 de la même convention : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a entamé en 2020 une licence " économie et gestion " à l'université de Reims, a été ajourné aux deux sessions de l'année universitaire 2020/2021. Au terme de l'année universitaire 2021/2022, réinscrit en première année de licence " économie et gestion ", il a été déclaré défaillant à la première session d'examens et ajourné, moyennant toutefois l'accès à l'année supérieure, à la seconde session. Il a cependant renoncé à s'inscrire en deuxième année de licence et s'est orienté vers une première année de BTS " négociation et digitalisation de la relation client " à Reims pour l'année universitaire 2022/2023 qu'il a, il est vrai, validée malgré un nombre important d'heures d'absences injustifiées. Sans terminer ce BTS, il s'est finalement inscrit en première année de licence de musicologie à l'université de Rouen Normandie pour l'année universitaire 2023/2024. L'administration pouvait légalement retenir, à la date d'adoption de la décision en litige, que le requérant inscrit en première année de licence universitaire pour la troisième fois consécutive, ne justifiait d'aucun progrès. A supposer que l'intéressé ait rencontré des difficultés lors de stages en entreprise telles qu'elles justifieraient l'échec à l'issue du BTS entamé en 2022/2023, la réorientation en musicologie, quels que soient ses talents musicaux, caractérise de plus une absence de cohérence dans les études à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne doivent être écartés.

6. En troisième lieu, M. A, entré sur le territoire national le 24 août 2020, est célibataire et sans charge de famille. S'il est établi que l'intéressé a travaillé dans le domaine de la restauration pour financer ses études et qu'il dispose de relations dans le milieu musical, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer une insertion particulière en France, pays qu'il n'a rejoint que pour y poursuivre des études et où il n'avait pas vocation à demeurer. Enfin, M. A ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence, jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Au regard de ces éléments, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, le refus de séjour opposé à M. A n'étant pas illégal, il n'est pas fondé à exciper de cette illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement édictée à son encontre.

9. En second lieu, pour les motifs énoncés au point 6, la décision litigieuse ne méconnaît pas l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle ne procède pas davantage d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. L'obligation de quitter le territoire français opposée à M. A n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Joseph Mukendi-Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

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