mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2024 et des mémoires en production de pièces enregistrés le 1er août 2024 et le 16 septembre 2024, Mme D A, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
- la décision portant refus de séjour :
o a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas été saisi de la situation de son enfant C ;
o a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, contrairement aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son droit au séjour n'a pas été examiné au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o n'est pas suffisamment motivée ;
o est entachée d'erreurs de droit dès lors qu'elle a été prise sans examen ni de sa situation personnelle ni de celle de son enfant C ni de l'ensemble de ses demandes de titre de séjour ;
o a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le collège médical de l'OFII n'a pas été saisi de la situation de son enfant C ;
o a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, contrairement aux exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son droit au séjour n'a pas été examiné au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o n'est pas suffisamment motivée ;
o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;
o méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
- la décision fixant le pays de destination :
o a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
o est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
o a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 15 mai 2024 par laquelle Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- et les observations de Me Inquimbert, pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de la République de Guinée, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la légalité du refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige indique les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé, notamment la durée de présence en France de Mme A, les mesures d'éloignement dont elle a fait l'objet, sa situation familiale en France et en Guinée et l'absence de preuve qu'elle pourrait encourir des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, Mme A ne peut utilement soutenir, à encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui régissent les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen qualifié de vice de procédure doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort très clairement de la demande de titre de séjour présentée le 16 novembre 2023 par Mme A que celle-ci, alors titulaire, sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnante de son enfant C, a demandé son " changement de statut " et la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Les pièces qu'elle produit n'attestent pas qu'un défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de C aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'une prise en charge adaptée, égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Guinée, ne lui serait pas effectivement accessible. Mme A ne peut donc utilement soutenir ni que son droit au séjour aurait dû être examiné au regard des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle n'a pas invoqué le bénéfice, et que celles-ci auraient été méconnues, ni que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière faute de saisine du collège médical de l'OFII pour avis sur la situation médicale de son fils. Les moyens d'erreur de droit et de défaut d'examen complet de sa situation doivent, compte tenu des pièces du dossier, être également écartés.
5. En dernier lieu, si Mme A est présente en France depuis près de dix ans, elle n'y a été admise qu'à titre provisoire, le temps de l'instruction de sa demande d'asile en 2015 et 2016, et pour accompagner son enfant C en 2022 et 2023. Elle ne démontre pas, par les pièces qu'elle produit, que cet enfant ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge adaptée à ses troubles neurologiques et à son état de santé en Guinée. Elle n'apporte pas non plus d'éléments pour attester que cet enfant, né en 2019 et scolarisé à la date de la décision en moyenne section de maternelle, ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Guinée ni que son benjamin, né en 2021, ne pourrait pas y entamer sa scolarité. Son insertion professionnelle comme agent de service est très récente. La cellule familiale qu'elle forme avec M. B, compatriote qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, pourra se reconstruire en Guinée où Mme A a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans et où résident ses autres enfants, nés en 2001, en 2005 et en 2010. Elle n'a pas mis à exécution les mesures d'éloignement prises à son encontre en janvier 2021 et en janvier 2022. En dépit de la durée de séjour en France de l'intéressée, en lui ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour, eu égard aux buts poursuivis, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure, faute de saisine du collège médical de l'OFII, de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les motifs indiqués aux points 2, 4 et 5 du jugement.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () " Ces dispositions, issues de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration, codifient le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme A n'a pas droit à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme A n'est pas entaché d'illégalité. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, Mme A, qui a demandé la délivrance d'un titre de séjour et a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de faire droit à sa demande de titre de séjour, elle serait susceptible d'être obligée de quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. Elle pouvait donc, pendant l'instruction de sa demande de titre de séjour, faire valoir les observations qu'elle souhaitait. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.
10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé à Mme A n'est pas entaché d'illégalité. La requérante n'est donc, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale.
11. En troisième lieu, par les pièces qu'elle produit, Mme A n'établit pas que son état de santé ainsi que celui de son enfant C ne pourraient pas faire l'objet d'une prise en charge adaptée en Guinée, pays dont ils ont la nationalité. L'intéressée, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne produit aucune pièce pour établir qu'elle encourrait des risques actuels de traitements inhumains ou dégradants dans ce pays du fait de ses engagements politiques. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
12. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs indiqués aux points 5 et 11.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
H. JEANMOUGIN Le président,
P. MINNE
Le greffier,
N. BOULAY
N°2402350
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026