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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402379

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402379

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juin 2024 et 10 juillet 2024, M. A E, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à Me Boyle, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat, à titre subsidiaire de lui verser directement la somme de 1 500 euros TTC sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Niakaté représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- et les observations de M. E, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue géorgienne, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

M. E, représentée par Me Boyle, a présenté une note en délibéré, enregistrée le 17 juillet 2024, non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien né le 10 septembre 1996, déclare être entrée sur le territoire en 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 25 janvier 2023 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 juillet 2023. Le 18 septembre 2023, le préfet de l'Eure a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par l'arrêté attaqué du 18 juin 2024, notifié le même jour, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Eure a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. E, à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-10 du 4 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Eure le 5 mai 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du département a donné délégation à M. D C, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer l'ensemble des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

5. En deuxième lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, qui vise les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment que l'intéressé est arrivé en France en 2022, qu'il ne justifie pas d'attaches fortes et actuelles sur le territoire, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, est suffisamment motivée.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces des dossiers que M. E a fait l'objet d'une précédente mesure d'obligation de quitter le territoire français le 18 septembre 2023, notifiée par lettre avec accusé de réception revenue à l'expéditeur avec la mention " pli avisé et non réclamé " le 9 octobre 2023, devenue définitive et à laquelle il n'a pas déféré. S'il se prévaut de la présence de ses enfants scolarisés en France ainsi que de son épouse, rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Géorgie. Il fait état des troubles psychiatriques de son épouse, laquelle s'est vue prescrire un traitement facultatif. Si, le 4 septembre 2023, l'épouse du requérant a obtenu un rendez-vous en préfecture le 24 novembre 2023 pour solliciter son admission au séjour en qualité d'étrangers malade, aucune pièce au dossier n'indique qu'elle a effectivement présenté sa demande. En outre, M. E, au regard des pièces du dossier, ne justifie pas, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, son épouse ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Sa situation ne relève pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que le préfet de l'Eure lui interdise le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, les conclusions formulées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,

L. FAVRE

Le greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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