mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402405 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | BARHOUM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. B E, retenu au centre de rétention administrative de Oissel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Des pièces ont été produites par la préfète de l'Oise le 26 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 26 juin 2024, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Barhoum, avocate désignée d'office pour M. E, qui reprend et complète les conclusions et moyens de la requête ; elle soulève des moyens nouveaux tirés de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète, qui a considéré à tort que M. E représente une menace à l'ordre public ; la méconnaissance par la préfète de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la méconnaissance du droit d'être entendu et le caractère disproportionné du délai d'interdiction de retour sur le territoire français ;
- les observations de M. E, assisté de Mme C, interprète en langue géorgienne.
La préfète de l'Oise n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant géorgien né le 1er octobre 1983, alias B F, a déposé une demande d'asile le 27 décembre 2021, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 10 février 2022. Au terme de deux demandes de réexamen de sa demande d'asile, déclarées irrecevables les 25 novembre 2022 et 24 août 2023, la préfète de la Haute-Marne a pris un arrêté du 31 août 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Le 19 juin 2024, M. E a été interpelé et placé en garde à vue pour des faits de vol à l'étalage dans l'Oise. Par un arrêté du 20 juin 2024, la préfète l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. E, retenu au centre de rétention de Oissel, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024.
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
4. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de la compagnie départementale de gendarmerie de Senlis du 19 juin 2024 que M. E n'a pas pu être entendu avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français contestée. L'intéressé a en effet refusé catégoriquement d'être auditionné, faute d'avoir pu obtenir de la méthadone, substitut des opiacés chez les consommateurs d'héroïne notamment, lors de sa garde à vue. Au cours de l'audience, M. E se borne à invoquer la méconnaissance par l'administration de son droit d'être entendu, sans préciser les informations qu'il n'a pas pu porter à la connaissance de l'autorité administrative et qui auraient été susceptibles d'influer sur le sens de la décision attaquée. Dans ces conditions, faute pour le requérant d'établir qu'il a été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents, susceptibles de faire échec à la mesure en litige, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et indique que M. E se maintient sur le territoire français en situation irrégulière, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait et représente une menace pour l'ordre public. Il fait également état de sa situation personnelle sur le territoire français et indique qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. L'arrêté en litige comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".
7. M. E fait grief à l'arrêté attaqué de ne pas avoir procédé à la vérification de son droit au séjour telle qu'elle résulte désormais expressément des dispositions précitées. Il ressort toutefois de l'arrêté contesté que la préfète de l'Oise a examiné les conditions de résidence en France de l'intéressé, ses liens personnels et familiaux ainsi que son insertion professionnelle sur le territoire français. La préfète de l'Oise a ainsi procédé à la vérification du droit au séjour de M. E, en l'état des informations dont elle disposait. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation particulière.
8. En cinquième lieu, si M. E conteste représenter une menace pour l'ordre public, il ressort du fichier automatisé des empreintes digitales qu'il s'est fait connaître à trois reprises pour des faits de vol. Il ressort également de la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet qu'il a été condamné le 29 décembre 2022 par le tribunal correctionnel d'Agen à trois mois d'emprisonnement délictuel avec sursis et à une interdiction de paraître dans le département du Lot-et-Garonne pendant deux ans et a été condamné à plusieurs reprises dans plusieurs Etats membres de l'Union européenne. Dans ces circonstances, c'est à bon droit que la préfète de l'Oise a estimé que la présence en France de M. E constitue une menace pour l'ordre public.
9. En dernier lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". L'article L. 612-10 du même code prévoit que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. E, qui est entré sur le territoire français en 2021, est récente. Il a par ailleurs déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 31 août 2023 et s'est fait connaître, à différentes reprises, pour des faits de vol. Enfin, M. E ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle en France et n'y dispose d'aucun liens familiaux. Dans ces conditions, l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans prononcée à son encontre ne présente par un caractère disproportionné.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la préfète de l'Oise.
Prononcé en audience publique le 26 juin 2024.
La magistrate désignée,
L. DLa greffière,
P. HIS
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026