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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402415

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402415

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantMERHOUM AMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 12 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Merhoum-Hammiche, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre provisoire de séjour sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Merhoum-Hammiche, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocate à la part contributive de l'Etat.

M. B soutient que :

- La décision portant obligation de quitter le territoire :

o est insuffisamment motivée ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- La décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- La décision portant interdiction de retour :

o est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Merhoum-Hammiche représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- et les observations de M. B, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 27 juin 2002, est entré sur le territoire le 20 novembre 2019 muni de son passeport. Le 3 novembre 2021, il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour en qualité d'étranger malade et d'une obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours, dont la légalité n'a pas été remise en cause par le jugement du tribunal du 5 juillet 2022. Par l'arrêté attaqué du 19 juin 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. B, à l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, l'arrêté vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les dispositions des articles L. 611-1 1°, L. 611-3, L. 612-1, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de l'Eure a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y décrit notamment, sa situation administrative, sa vie privée et familiale, sa situation médicale et mentionne l'absence de risque en cas de retour dans le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. M. B, entré sur le territoire en 2019, a obtenu un CAP moniteur installations thermiques en juillet 2022 et est apprenti en alternance chez un poissonnier dans le cadre d'un CAP équipier polyvalent du commerce depuis le 26 juillet 2022 jusqu'au 25 juillet 2024. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce qu'il recherche un emploi correspondant à ses qualifications dans son pays d'origine. Célibataire et sans enfant, s'il invoque la présence de ses oncles, tantes et cousins sur le territoire national, il ne justifie pas y avoir le centre de ses intérêts privés et être dépourvu d'attaches en Algérie, où réside ses parents et sa fratrie. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de l'Eure du 19 juin 2024 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

7. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

9. Dans la mesure où M. B ne s'est vu accorder aucun délai de départ volontaire en vue de se conformer à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français, le préfet de l'Eure était fondé à assortir cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Célibataire et sans enfant, il ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle particulière en France. Sa situation ne relève pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que le préfet de l'Eure lui interdise le retour sur le territoire français pendant la durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles formulées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Merhoum-Hammiche et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

La magistrate désignée,

L. FAVRE

Le greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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