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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402420

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402420

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, et des mémoires en production de pièces, enregistrés les 9 juillet 2024 et 12 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Anglade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de regroupement familial pour son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure d'autoriser sa demande de regroupement familial, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande, le tout dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- est signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est intervenu à la suite d'une procédure irrégulière, en l'absence d'avis du maire de la commune de résidence sur ses conditions de logement et de ressources, tel que prévu à l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 437-1, L. 434-8 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2025, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Favre.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 1er février 1994, bénéficie d'une carte de résident valable du 19 juillet 2023 au 18 juillet 2033. Le 4 décembre 2023, l'intéressé a adressé à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) une demande de regroupement familial pour son épouse. Par l'arrêté attaqué du 16 avril 2024, le préfet de l'Eure a rejeté la demande de regroupement familial sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 434-7. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. ". Il résulte de ces dispositions que la consultation du maire de la commune de résidence de l'étranger est obligatoire et a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement du demandeur.

3. Si le préfet fait valoir qu'il a saisi par formulaire le maire de Vernon, ni le formulaire de demande, ni l'avis éventuellement émis, lequel n'est pas visé dans la décision litigieuse, ne sont produits. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire de la commune de résidence de M. A ait été consulté sur sa demande de regroupement familial alors que celle-ci a été rejetée au motif que ses ressources ne pouvaient être considérées comme stables et suffisantes. Dans ces conditions, en l'absence d'une telle consultation préalable à la décision litigieuse, le requérant a été effectivement privé d'une garantie. Par suite, M. A est fondé à soutenir que cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de regroupement familial pour son épouse.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement n'implique pas nécessairement, compte tenu du motif sur lequel il repose, que le préfet donne une suite favorable à la demande présentée par M. A. En revanche, ce jugement implique nécessairement que la demande de M. A soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à ce réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. M. A n'ayant pas été admis à l'aide juridictionnelle, Me Anglade ne peut se prévaloir des dispositions combinées de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté la demande de M. A de regroupement familial pour son épouse est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Anglade et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé : L. FAVRE

La présidente,

Signé : C. VAN MUYLDER Le greffier,

Signé : J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

N°2402420

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