jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2024, M. D C A, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer, dans le délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour et de procéder, dans le délai d'un mois, au réexamen de sa situation, le tout sous astreinte journalière de 100 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de vérification de son droit au séjour ;
- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale, du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Barhoum, pour M. C A, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui reprend les conclusions et moyens de la requête mais ajoute que l'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu dès lors qu'il n'est pas établi que des questions lui auraient été posées sur ses conditions de séjour, ses attaches en France et la perspective de son éloignement lors de son audition du 4 juin 2024, le préfet de l'Eure n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels il est fondé, notamment l'entrée irrégulière du requérant en France en 2019, son maintien sur le territoire sans titre de séjour, sa nationalité, et l'absence de preuve qu'il risquerait d'encourir des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie, son pays d'origine. Il permettait à l'intéressé d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, en se bornant à produire un courriel des services de la cellule AES salarié du bureau de l'accueil et du séjour de la préfecture des Yvelines du 3 mai 2024 mentionnant l'enregistrement d'une " demande de rendez-vous " de juin 2023 et l'impossibilité de donner une date de convocation, le requérant n'établit pas avoir déposé auprès des services de la préfecture une demande de titre de séjour qui serait en cours d'instruction et ne démontre pas avoir produit auprès du préfet de l'Eure des justificatifs de sa démarche. M. C A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de fait en tant qu'elle mentionne qu'il n'apporte pas la preuve d'avoir entamé des démarches auprès de la préfecture des Yvelines pour régulariser sa situation. En tout état de cause, dès lors qu'il est constant que le requérant n'a pas obtenu de titre de séjour, la circonstance qu'il ait ou non tenté d'avoir un rendez-vous est sans incidence directe sur la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En troisième lieu, si M. C A soutient à l'audience qu'il n'est pas établi que des questions lui auraient été posées sur ses conditions de séjour, ses attaches en France et la perspective de son éloignement lors de son audition du 4 juin 2024, il admet avoir été interrogé par les services de police avant l'édiction de la décision en litige et il ressort des mentions de celle-ci, qui font référence à des éléments précis de la situation particulière de M. C A, que le préfet était informé, avant de prendre sa décision, des conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé, de ses liens avec la France et de ses attaches dans son pays d'origine. Le requérant ne justifie en outre pas d'éléments supplémentaires qu'il aurait pu faire valoir s'il avait été interrogé sur la perspective de son éloignement et qui auraient été de nature à influer sur le sens de la décision prise à son égard. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté contesté aurait été pris sans que soit réalisé, au préalable, un examen de la situation personnelle de M. C A et de son droit à bénéficier d'un titre de séjour de plein droit. Les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.
6. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. C A est entré en France, de manière irrégulière, en fin d'année 2019, il n'a pas tenté de prendre contact avec les services de la préfecture avant juin 2023. Le requérant a travaillé comme mécanicien automobile et est titulaire depuis mars 2024 d'un contrat à durée indéterminée pour lequel il ne dispose pas d'autorisation de travail. Il ne fait pas état d'une insertion sociale particulière et n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie, son pays d'origine, où résident son épouse et leurs trois enfants mineurs. Dès lors, malgré l'insertion professionnelle de l'intéressé, en obligeant M. C A à quitter le territoire français, le préfet de l'Eure n'a pas porté une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis, à son droit à mener une vie privée et familiale normale. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige est écarté pour les motifs indiqués au point 2.
8. En second lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C A n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C A, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La magistrate désignée,
H. JEANMOUGINLe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026