jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402469 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, un mémoire enregistré le 15 juillet 2024 et un mémoire en production de pièce enregistré le 16 juillet 2024 à 9 h 42, M. B C, représenté par Me Elatrassi, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour la durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
-l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas pu présenter des observations et prendre contact avec un avocat ;
- l'arrêté a été pris sans examen de sa situation personnelle ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente ;
- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est dépourvue de base légale dès lors qu'il a le droit à la délivrance de plein droit du titre de séjour prévu par les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il présente des garanties de représentation ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Elatrassi, pour M. C, assisté de M. A interprète en langue arabe, qui reprend ses conclusions et moyens, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant la durée de trois ans.
Sur les moyens communs aux décisions :
2. En premier lieu, s'il n'est pas établi que M. C aurait été informé dès la notification de la mesure d'éloignement prise à son encontre de son droit d'être assisté d'un conseil, les conditions de notification de l'arrêté en litige n'ont pas d'incidence sur sa légalité.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels il est fondé, notamment l'entrée irrégulière du requérant en France en 2020, sa nationalité, l'absence de titre de séjour, la condamnation pénale dont il fait l'objet, ses attaches familiales en France et en Algérie, la menace à l'ordre public qu'il représente, son absence de garanties de représentation et l'absence de preuve qu'il risquerait d'encourir des traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il permettait à l'intéressé d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivé.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été auditionné le 14 janvier 2024 par les services de police et a pu à cette occasion présenter les observations qu'il souhaitait sur son séjour en France, ses attaches familiales en France et en Algérie et la perspective de son éloignement. Il ne justifie pas d'observations complémentaires qu'il aurait souhaité présenter et qui auraient été de nature à influer sur le sens des décisions prises à son encontre. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à présenter des observations doit donc être écarté.
5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. C n'aurait pas fait l'objet d'un examen avant l'édiction de l'arrêté contesté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris par M. E D qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration, d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 24-026 du 7 juin 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 88 du même jour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit donc être écarté.
7. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision en litige que M. C est obligé de quitter le territoire français sur le seul fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non du 5° de cet article. Le requérant ne peut donc pas utilement arguer de l'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représenterait dès lors que cette menace ne constitue pas un motif de la décision en litige.
8. En dernier lieu, si M. C soutient être entré en France en 2020, il n'établit pas sa présence avant août 2021. Il est marié depuis mai 2023 avec une ressortissante tunisienne et relève donc du regroupement familial. Il a cependant été condamné le 16 janvier 2024 par le tribunal judiciaire de Rouen à une peine d'emprisonnement de deux ans, dont un an avec sursis, pour des faits de violence aggravée sur concubine et interdiction d'entrer en relation avec elle pendant la durée de trois ans. L'intensité des liens que M. C entretiendrait avec les deux enfants mineurs de son épouse ne ressort pas des pièces du dossier et la séparation de l'intéressé avec sa famille résulte essentiellement de la condamnation judiciaire d'interdiction de contact avec leur mère dont il fait l'objet pendant trois ans et non des mesures administratives prises à son encontre. M. C n'allègue aucune insertion sociale particulière en France. La seule promesse d'embauche dont il fait état, postérieure à la décision contestée, n'atteste pas de sérieuses perspectives d'insertion professionnelle. S'il a des cousins en France, il n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie et où il a vécu au-moins jusqu'à l'âge de 31 ans. Dès lors, en obligeant M. C à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté une atteinte disproportionnée, compte tenu des buts poursuivis, à son droit à mener une vie privée et familiale normale et n'a pas porté d'atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de son épouse. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que M. C aurait droit à la délivrance de plein droit du titre de séjour prévu par les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et que l'obligation de quitter le territoire français serait dès lors dépourvue de base légale doit également être écarté.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'y a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il pouvait être regardé comme présentant un risque de soustraction à la mesure d'éloignement prise à son encontre et était donc placé dans une situation dans laquelle le préfet pouvait lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, quand bien même il ne représenterait pas une menace pour l'ordre public. En tout état de cause, M. C a été récemment condamné pour violences sur sa conjointe à une peine d'interdiction d'entrer en contact avec elle, est dépourvu de logement autonome, a reconnu une consommation importante d'alcool et ne démontre aucune perspective sérieuse d'insertion professionnelle. Il présente donc une menace pour l'ordre public. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés.
11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
12. En premier lieu, M. C ne justifie par aucune pièce ni allégation précise encourir des risques de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour en Algérie, son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
13. En second lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, le moyen tiré du défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français est écarté pour les motifs indiqués au point 13.
15. En second lieu, si M. C soutient être marié à une ressortissante tunisienne légalement installée en France, son épouse n'a pas initié de demande de regroupement familial à son profit et l'intéressé a été condamné le 16 janvier 2024 à une interdiction de relation avec son épouse pendant trois ans et l'interdiction de paraître à son domicile pendant la même durée. L'impossibilité pour le requérant d'entrer en contact avec sa famille est donc essentiellement due à la condamnation pénale dont il a fait l'objet et non à la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre, dont il pourra demander l'abrogation s'il obtient la levée des mesures judiciaires. Par suite, et compte tenu également des motifs indiqués au point 8, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Djehanne Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La magistrate désignée,
H. JEANMOUGINLe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026