mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402474 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | NAMIGOHAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, M. C A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par la SELARL Centaure Avocats, a produit des pièces enregistrées le 2 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. B pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le 24 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est borné à ordonner le placement de M. A en rétention administrative. Un tel arrêté ne pouvant être contesté, en vertu des dispositions précitées, que devant le juge des libertés et de la détention, les conclusions tendant à son annulation ne peuvent qu'être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
6. En second lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ". D'autre part, de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ".
7. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a ordonné le placement de M. A en rétention administrative qu'il est fondé sur une obligation de quitter le territoire français édictée par arrêté du 18 octobre 2021 du même préfet. A supposer que l'intéressé doive être regardé comme demandant son annulation, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté, qui comportait la mention régulière des voies et délais de recours, a été notifié le 22 octobre 2021, date de première vaine présentation du pli le notifiant, revenu non réclamé en préfecture. Ainsi, la requête de M. A, qui a été enregistrée au greffe du tribunal le 26 juin 2024, l'a été après l'expiration du délai de trente jours prévu par les dispositions précitées. Les conclusions tendant à l'annulation de cet arrêté sont dès lors tardives et doivent être rejetées comme irrecevables. Les conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis portant placement en rétention administrative sont rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Namigohar et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Rouen, le 3 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé : J. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
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