lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | VERCOUSTRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, M. B A, représenté par Me Vercoustre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Espagne.
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, sans délai à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que la décision de transfert :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- a été prise sans que soit apportée la preuve de la saisine et de la réponse de l'Etat requis ;
- a été prise sans qu'il soit établi qu'il a bénéficié des garanties prévues à l'article 29 du règlement 603/2013 ;
- méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er juillet 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Vercoustre, pour M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ; qui ajoute le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qui précise que M. A est venu en France car il ne disposait pas d'un hébergement adapté en Espagne, où il a été admis aux urgences pour une pneumopathie, où il a reçu un traitement inadapté pour le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et où la tuberculose dont il souffre n'a pas été diagnostiquée ; qu'il parle bien français et qu'il aurait des difficultés à communiquer, notamment avec le personnel médical, en Espagne.
- les observations de M. A.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur le transfert :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 24-026 du 7 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme C, cheffe du pôle régional Dublin, à l'effet de signer, notamment, les décisions de transfert dans le cadre de la procédure dite " Dublin ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le préfet de la Seine-Maritime justifie de la saisine, le 10 avril 2024, des autorités espagnoles, de la décision implicite d'acceptation de la prise en charge de M. A. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure à cet égard manque en fait et doit être écarté.
4. En troisième lieu, en vertu de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, toute personne dont les empreintes digitales ont fait l'objet d'un relevé aux fins d'enregistrement dans le système EURODAC bénéficie, de la part des autorités de l'État ayant procédé à ce relevé, d'une information relative notamment à l'identité du responsable du traitement de ces données ou de son représentant, à la raison pour laquelle ces données vont être traitées par le système EURODAC, aux destinataires de celles-ci, à l'obligation d'accepter que ses empreintes digitales soient relevées, enfin, à l'existence d'un droit d'accès et d'un droit de rectification. Toutefois, ce droit à information ayant pour seul objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, son éventuelle méconnaissance est, par elle-même, dépourvue d'incidence tant sur la légalité de la décision prescrivant le transfert d'un demandeur d'asile vers l'État responsable de l'examen de sa demande que sur la régularité de la procédure préalable à l'édiction d'une telle décision. Au demeurant, le requérant ne conteste aucune des informations issues de la comparaison de ses empreintes digitales avec les données contenues dans cette base de données. Par suite, le moyen tiré tant de ce que le requérant n'aurait pas été rendu destinataire d'une telle information doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aucune disposition, ni aucun principe, n'impose la mention, sur le compte rendu de l'entretien individuel, de l'identité de l'agent qui l'a mené. Il apparaît, à la lecture du compte rendu produit, que l'entretien du 22 février 2024 dont a bénéficié M. A a été conduit dans une langue qu'il a déclaré comprendre et dans des conditions garantissant sa confidentialité. Le requérant ne fait au demeurant état d'aucun élément susceptible d'établir que cet entretien ne se serait pas déroulé dans les conditions prévues par l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
6. En dernier lieu, M. A soutient qu'il existe des motifs humanitaires de nature à justifier que la France soit déclarée responsable de l'examen de sa demande d'asile et à ce qu'il ne soit pas transféré en Espagne. Il allègue que, atteint du VIH et ayant souffert d'une pneumopathie lors de son séjour en Espagne, il a été pris en charge médicalement mais, d'une part, la tuberculose dont il souffre, qui n'a été diagnostiquée qu'à son arrivée en France, ne l'a pas été en Espagne et, d'autre part et par conséquent, il lui a été délivré dans ce pays un traitement médicamenteux, pour le VIH, qui n'était pas compatible avec son infection par la bactérie responsable de la tuberculose. Cependant, si M. A produit des documents médicaux, émanant de professionnels et d'établissements de santé français, aucun de ces documents n'est de nature à établir la réalité de ces allégations quant à sa prise en charge médicale en Espagne ni, en tout état de cause, à démontrer qu'il ne pourrait y bénéficier d'un traitement approprié de ses différentes pathologies. En outre, la circonstance que M. A, qui ne dispose par ailleurs d'aucune attache familiale en France, parlerait bien le français, n'est pas à elle seule de nature à justifier que la France soit désignée comme responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers l'Espagne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Constance Vercoustre et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
A. D
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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