LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsNos servicesBlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes. C'est gratuit, et vos coordonnées ne sont transmises qu'avec votre accord.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation entre particuliers et avocats. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Nos services
  • Trouver un avocat
  • Calculateurs juridiques
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Nos services
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402479

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402479

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, M. D C, représenté par la Selarl Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale compétente de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer sous huit jours une autorisation provisoire de séjour pour la durée de ce réexamen, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, le versement à son profit d'une somme de 1 800 euros.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de l'existence et de la régularité de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- il n'est pas démontré que le médecin rapporteur n'a pas siégé dans le collège de médecins, ni que le rapport médical a été préalablement transmis, ni que les trois médecins ont été régulièrement nommés par le directeur général de l'OFII ;

- intervient à la suite d'une procédure irrégulière en l'absence de communication de la fiche BISPO et du non respect du principe du contradictoire ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- est entachée d'erreur de droit, l'autorité administrative s'étant crue liée à tort par l'avis du collège de médecins ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision refusant un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- présente un caractère disproportionné et ne prend pas en compte des circonstances humanitaires.

L'assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1980 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 1er juillet 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Leprince, avocate de M. C, qui reprend et précise les conclusions et moyens de la requête en insistant plus particulièrement sur la situation particulière du requérant, dont lui et sa famille sont dépourvus de tout document d'état civil ; Me Leprince soulève en outre, par voie d'exception, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant serbe né le 28 janvier 1980, déclare être entré en France avec son épouse et leurs neuf enfants au cours de l'année 2017. Le 9 août 2019, il a sollicité une demande de titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 mai 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le tribunal a confirmé la légalité de cet arrêté par le jugement n° 2002260 du 1er décembre 2020, confirmé par l'arrêt n° 21DA00542 de la cour administrative d'appel de Douai du 18 octobre 2021. Le 2 mars 2021, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Le recours formé par l'intéressé contre ces deux décisions a été rejeté par le jugement n° 2101001 du magistrat désigné du tribunal du 15 avril 2021. Le jugement a été confirmé par la cour administrative d'appel de Douai, par un arrêt n° 21DA01552 du 15 octobre 2021. Le 7 décembre 2023, M. C a de nouveau sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le 21 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a pris un arrêté portant assignation à résidence de M. C pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler les arrêtés des 17 et 21 juin 2024.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. Il résulte des dispositions combinées, d'une part, des articles L. 3 et R. 776-1 du code de justice administrative et, d'autre part, de celles de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il n'appartient pas au magistrat désigné saisi selon la procédure prévue à l'article R. 776-14 du code de justice administrative de statuer sur la décision par laquelle le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger.

3. Dès lors, il convient de réserver l'examen par une formation collégiale du tribunal des conclusions et moyens de la requête dirigés contre la décision, contenue dans l'arrêté du 17 juin 2024, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande d'admission au séjour de M. C, ainsi que par voie de conséquence les conclusions aux fins d'injonction sous d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance en tant qu'elles en sont l'accessoire.

Sur les conclusions restant en litige :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Quant à la légalité externe :

4. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, il résulte des dispositions susmentionnées que l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

Quant à la légalité interne :

S'agissant du moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de délivrance du titre de séjour :

6. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5 du présent jugement.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () " Aux termes du premier aliéna de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". Le premier alinéa de l'article R. 425-13 du même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. " Enfin, le dernier alinéa de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précise que : " () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

8. Le préfet produit l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) relatif à l'état de santé de M. C, le 11 avril 2024. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'autorité administrative n'aurait pas recueilli cet avis.

9. Il ressort par ailleurs de cet avis que, dans le cadre de l'examen de la situation médicale de M. C, un rapport médical a été établi le 6 mars 2024 par le docteur A qui l'a transmis au collège de médecins de l'OFII le 25 mars suivant. Le 11 avril 2024, les docteurs Aranda-Grau, Perrot et Coulonges, régulièrement nommés par le directeur général de l'OFII par décision du 28 décembre 2023 -librement accessible sur le site internet de l'OFII- ont estimé, après une délibération collégiale que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Ainsi, le moyen tiré de ce que la procédure relative à la saisine du collège de médecins de l'OFII serait irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

10. En troisième lieu, la circonstance que le préfet ne produit pas à l'instance la fiche relative à la Serbie de la " bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine " (BISPO) et le traitement des pathologies en cause dans ce pays n'est pas de nature à vicier la procédure préalable à l'arrêté. En outre, et en tout état de cause, aucune disposition légale ou réglementaire applicable n'impose de communiquer au demandeur d'un titre de séjour la documentation relative aux traitements disponibles dans les pays d'origine, à laquelle se réfèrent les médecins de l'OFII pour rendre leur avis.

11. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant d'édicter la décision attaquée, ni qu'il se serait cru tenu d'édicter cette décision. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen particulier et de ce que le préfet se serait estimé à tort en compétence liée doivent être écartés.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

13. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte-tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII venant au soutien de ses dires, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. En l'espèce, le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans son avis du 11 avril 2024, que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. M. C soutient qu'il ne sera pas soigné en Serbie. Toutefois, il n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

16. M. C fait valoir qu'il a neuf enfants, dont l'un est handicapé, et que la plupart d'entre eux sont scolarisés. Toutefois, aucun des membres de la famille ne se trouve en situation régulière sur le territoire. En outre, il n'est nullement établi que les enfants scolarisés en France ne pourront pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Enfin, M. C ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Compte tenu des conditions de séjour en France de M. C, la décision lui refusant le bénéfice d'un titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En septième lieu, aux termes l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

18. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige n'a pas pour objet, ni même pour effet, de séparer M. C de ses enfants, ni ces derniers de leur père, lequel pourra rejoindre son pays d'origine avec son épouse et leurs enfants. En outre, les enfants pourront poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 15 à 18 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet en prenant la décision en litige, au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C, doit être écarté.

S'agissant des autres moyens de légalité interne :

20. Les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation de M. C, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 15 à 19 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

21. En premier lieu, la décision attaquée mentionne l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève que M. C s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

22. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment aux points 12 à 18, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

23. En premier lieu, la décision contestée vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. C ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. La décision en litige comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait sur le fondement desquelles elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

24. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 20 du présent jugement que M. C ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre au soutien de la demande d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

25. En dernier lieu, eu égard notamment à la situation personnelle du requérant, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

26. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

27. En premier lieu, la décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

28. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué et des éléments préparatoires à celui-ci que la décision a été prise au terme d'un examen particulier de la situation du requérant.

29. En troisième lieu, en l'absence de délai de départ volontaire, aucune circonstance humanitaire qui ressortirait des pièces du dossier ne justifiait que le préfet de la Seine-Maritime ne prononçât pas d'interdiction de retour. En fixant celle-ci à deux ans, l'autorité administrative a procédé à une conciliation qui n'apparait pas déséquilibrée entre les liens du requérant avec la France et les buts poursuivis par la mesure. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

30. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 16 à 18 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision en litige méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

31. En premier lieu, la décision en litige reproduit les termes du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que l'étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise moins de trois ans auparavant peut être assigné à résidence. L'arrêté énonce également les raisons pour lesquelles l'éloignement de M. C, dépourvu de tout document de voyage, demeure une perspective raisonnable. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

32. En second lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français sans délai ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.

33. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'examen des conclusions de la requête de M. C à fin d'annulation de la décision du 17 juin 2024 portant refus de titre de séjour, ainsi que de celles aux fins d'injonction sous d'astreinte et celles relatives aux frais liés à l'instance, en tant qu'elles s'y rattachent, est réservé jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Leprince, et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. BLa greffière,

Signé

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201

03/08/2026

TA78Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562

03/08/2026

TA77Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484

03/08/2026

← Retour aux décisions