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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402482

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402482

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantMATRAND LUCILE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B C, qui contestait un arrêté préfectoral du 18 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour d'un an et abrogeant son attestation de demandeur d'asile. Le juge a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux tirés du défaut de motivation, de la méconnaissance du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation, n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, M. B C, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a abrogé son attestation de demandeur d'asile ;

3°) en tout état de cause, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui accorder une attestation de demandeur d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut de contradictoire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles méconnaissent le droit d'asile garanti par les articles 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que l'article 1.A.2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le droit d'être entendu par un tribunal protégé par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions sur sa situation personnelle et d'une erreur dans la matérialité des faits ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de retrait de l'attestation de demandeur d'asile est illégale dès lors qu'un recours est pendant devant la cour nationale du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors que la demande d'asile de M. C a été considérée à tort comme relevant d'une procédure accélérée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être suspendue en application de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il existe une nécessité impérieuse à suspendre son exécution, qu'il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français le temps de l'instruction de sa demande et que sa demande d'asile est bien-fondée compte tenu des risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 3 juillet 1997, est, selon ses déclarations, entré en France le 14 juin 2023. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 20 juillet 2023. Par une décision du 4 octobre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande de protection internationale. M. C a présenté un recours devant la cour nationale du droit d'asile le 11 décembre 2023. Par un arrêté du 18 juin 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, précise que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande d'asile de M. C le 4 octobre 2023 dans le cadre d'une procédure accélérée en retenant que M. C provenait d'un pays d'origine sûr et que M. C est célibataire et sans charge de famille. Il comprend ainsi les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. Il ressort des pièces du dossier que, lorsqu'il a déposé sa demande d'asile, M. C a reçu le guide du demandeur d'asile en France, dans la langue qu'il a déclaré comprendre, qui lui est remis à cette occasion, et qui lui indique qu'il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement en cas de rejet de sa demande. Il lui appartenait ainsi lors de cette démarche d'apporter spontanément à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles, et notamment celles de nature à permettre d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du principe général du droit de l'Union européenne doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. C doit être regardé comme soutenant que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il retient que le requérant est de nationalité arménienne alors qu'il est de nationalité russe. S'il ressort des pièces du dossier que M. C établit être de nationalité russe notamment par la production d'un passeport russe, il est constant que M. C a indiqué lors de son audition à l'occasion du dépôt de sa demande d'asile être de nationalité arménienne. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'intéressé ne serait pas titulaire des deux nationalités invoquées. Dans ces conditions, compte tenu des déclarations contradictoires de l'intéressé aux différentes étapes de la procédure, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () " Et aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes :d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; "

8. Les dispositions de l'article L. 542-2, qui dérogent au principe posé par l'article L. 542-1 selon lequel le demandeur d'asile bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, ne prive pas le demandeur d'asile de la possibilité d'exercer un recours contre la décision de rejet de l'Office. En outre, il résulte des dispositions de l'article L. 752-5 du même code qu'un ressortissant étranger dont la demande d'asile a été rejetée en application du d) du 1° de l'article L. 542-2, peut contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre et le juge peut, le cas échéant, s'il est saisi de conclusions à cette fin, suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides s'est prononcé le 4 octobre 2023 sur la demande d'asile de M. C et a rejeté sa demande dans le cadre de la procédure accélérée prévue au 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'intéressé a présenté un recours contre la cour nationale du droit d'asile le 11 décembre 2023. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué le priverait de la possibilité d'être entendu par un tribunal en méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il méconnaîtrait le droit d'asile garanti par les articles 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 1.A.2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, et dès lors que l'intéressé ne disposait plus du droit de se maintenir sur le territoire français à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions mentionnées au point 6 par la décision abrogeant l'attestation de demandeur d'asile ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième lieu, M. C soutient qu'il est exposé à des risques en Russie dès lors qu'il risque d'y être enrôlé d'office dans l'armée dans le cadre de la guerre en Ukraine. Toutefois, d'une part, et comme l'a relevé l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans sa décision du 4 octobre 2023, les convocations d'enrôlement pour l'armée russe sont en principe remises uniquement en mains propres. D'autre part, à supposer même que les risques de persécution du requérant de ce fait en Russie puissent être regardés comme établis, l'intéressé, s'il justifie de sa nationalité russe, il ne produit aucune pièce venant contredire l'appréciation portée par le préfet et attestant de ce qu'il n'avait pas la nationalité arménienne. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué mentionne que M. C est de nationalité arménienne et fixe comme destination les pays dont M. C possède la nationalité ou tout pays où il serait légalement admissible si bien qu'elle n'entend pas fixer la Russie comme pays de renvoi. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En sixième lieu et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent et dès lors que l'intéressé ne fait pas état d'une intégration en France depuis son arrivée sur le territoire français, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () "

14. M. C ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français de l'irrégularité de la procédure menée devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui relève d'une procédure juridictionnelle distincte. En l'espèce, il est constant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de reconnaître la qualité de réfugié à M. C par une décision du 4 octobre 2023 prise dans le cadre de la procédure fixée au 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de l'Eure n'a pas entaché d'une erreur de droit la décision portant obligation de quitter le territoire français en la fondant sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En huitième lieu, faute pour M. C d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de la décision d'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

16. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code, " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

17. Si M. C soutient être présent en France depuis le 14 juin 2023, ne pas présenter une menace à l'ordre public, et n'avoir jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il ressort des pièces du dossier que M. C n'apporte aucun élément de nature à établir ses liens personnels, familiaux et professionnels en France. Dans ces conditions, en dépit de sa durée de présence sur le territoire, le préfet de l'Eure, en prenant une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant à une année la durée de cette interdiction infligée au requérant, n'a méconnu ni le droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale, ni les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

18. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Eure du 18 juin 2024.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

23. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code, dans sa version applicable à la procédure : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Enfin, l'article L. 752-11 de ce code précise : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".

24. II est fait droit à la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, le requérant peut notamment se prévaloir d'éléments nouveaux apparus postérieurement à la décision de rejet de l'Office français de protection de réfugiés et apatrides ou à l'obligation de quitter le territoire français.

25. En l'espèce, M. C demande, à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre durant l'examen de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier et notamment des pièces produites postérieurement à la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et versées pour la première fois à l'instance, relative à la nationalité de M. C et à sa convocation par la Fédération de Russie que le requérant fait état d'élément sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen de son recours par la cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le requérant est fondé à demander la suspension de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

19. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de l'intéressé doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 18 juin 2024 du préfet de l'Eure portant obligation de quitter le territoire français est suspendue jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Matrand et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

La magistrate désignée,

B. A La greffière,

N. DROUILHET

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

nd

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