jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Juge Unique 2 |
| Avocat requérant | BOITEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2024, M. C A, représenté par Me Boitel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer durant l'examen une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, et à défaut, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée,
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Boitel, représentant M. A, qui a produit à l'audience des pièces complémentaires, demande à ce que M. A soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire et qui soutient que M. A encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu de son militantisme pour le parti turc pro-kurde et qu'il n'a pas réalisé ses obligations militaires et que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise plus d'un an après le rejet définitif de sa demande d'asile sans qu'un examen approfondi de sa situation personnelle ne soit réalisé par le préfet et n'a pas ainsi tenu compte de la circonstance selon laquelle M. A travaille comme cuisinier depuis presque un an ;
- et les observations de M. A qui indique travailler aux Andelys comme cuisinier depuis un an et que son oncle et ses cousins sont présents en France.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative alors en vigueur.
Une note en délibéré présentée par Me Boitel pour M. D a été enregistrée le 1er août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant turc né le 5 février 2002, est, selon ses déclarations, entré en France le 15 juillet 2022. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 23 septembre 2022. Par une décision du 30 janvier 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande de protection internationale, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 10 juillet 2023. Par un arrêté du 31 mai 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () "
4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions notamment des articles L. 611-1, L. 611-3, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, et précise que la demande d'asile de M. A a été rejetée définitivement, qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il n'expose pas de risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 31 mai 2024 qui indique que M. A a vécu dans son pays d'origine jusqu'à ses 20 ans et qu'il n'établit pas y être exposé à des traitements inhumains et dégradants, que le préfet de l'Eure a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de l'obliger à quitter le territoire français. Si M. A se prévaut de son intégration en France en produisant des bulletins de salaire notamment pour la période comprise entre la notification de la décision de la cour nationale du droit d'asile et la décision attaquée, il ressort des mentions mêmes de l'arrêté attaqué, que le préfet a tenu compte de la durée de présence de l'intéressé en France à la date de la décision attaquée. Par suite le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. A soutient que l'arrêté attaqué et notamment la décision fixant la Turquie comme pays de renvoi porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants. Il fait valoir qu'il a été persécuté en Turquie en raison de ses opinions politiques et de son engagement en faveur de la cause kurde. Il indique être militant au sein du Parti démocratique des peuples (HDP), et ne pas avoir effectué son service militaire. Il précise ignorer si une procédure pénale est diligentée à son encontre mais que cela est " fort probable ". Il soutient que, craignant pour sa sécurité, il a quitté la Turquie en juillet 2022. Toutefois, le requérant, qui n'apporte aucun élément complémentaire à ceux exposés devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile, ne verse aucun document à l'appui de ses allégations et n'établit ainsi pas qu'il serait effectivement et personnellement exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays, alors qu'au demeurant la qualité de réfugié lui a été définitivement refusée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. Si M. A soutient être intégré en France dès lors qu'il travaille dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en tant que cuisinier et que des membres de sa famille sont présents en France, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est entré en France en juillet 2022 et qu'il n'est pas dépourvu de famille dans son pays d'origine où résident ses parents et ses frères et sœurs et où il a vécu jusqu'à ses 20 ans selon ses propres déclarations. En outre, si l'intéressé verse à l'instance des bulletins de salaire au titre de l'année 2024, l'intéressé ne témoigne d'aucune relation personnelle ou amicale susceptible d'établir l'existence ou l'intensité de sa vie personnelle et familiale en France. Par suite, compte tenu notamment de l'ancienneté de son activité professionnelle, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En cinquième lieu, eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé sur le territoire français, ainsi qu'à son insertion professionnelle, et pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 7, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Eure du 31 mai 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Boitel et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.
La magistrate désignée,
B. B La greffière,
N. DROUILHET
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026