mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | MATRAND LUCILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juin 2024, M. A B, représenté par Me Matrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure a ordonné son expulsion et fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'examen de sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que la décision attaquée :
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière méconnaissant les dispositions de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les droits à la défense dès lors qu'il n'a pas été extrait de détention pour se présenter auprès de la commission d'expulsion, n'a pas pu s'y faire représenter par un conseil et n'a pas été mis en mesure d'y présenter des observations ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- a été prise sans examen approfondi de sa situation personnelle ;
- méconnait les dispositions des articles L. 631-1 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France depuis avant l'âge de 13 ans et depuis plus de trente ans ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 15 octobre 2024 accordant à M. B l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- et les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité turque, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure a ordonné son expulsion et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été informé le 21 mars 2024 qu'une procédure d'expulsion était engagée à son encontre et qu'il était convoqué le 12 avril 2024 devant la commission départementale d'expulsion, qu'il pouvait demander l'aide juridictionnelle et la communication de son dossier, qu'il pouvait se présenter seul ou avec un avocat ou toute autre personne de son choix et que, à la date prévue, M. B a pu se présenter devant ladite commission et faire valoir ses observations en réponse aux questions posées par plusieurs membres de la commission. Si M. B n'était pas assisté d'un avocat, lors de la séance de la commission, il n'établit par aucune pièce, ni même n'allègue, qu'il en aurait fait la demande, et n'est donc pas fondé à soutenir que la procédure suivie est entachée d'irrégularité ni qu'elle méconnaît les droits de la défense.
3. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la procédure a méconnu les dispositions de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que cet article fixe la composition de la commission du titre de séjour et non les règles de procédure applicable à la commission d'expulsion.
4. En troisième lieu, la décision en litige vise les textes sur lesquels elle est fondée et rappelle les faits pour lesquels M. B a été condamné, les caractéristiques de sa vie personnelle et familiale en France, l'absence d'allégation quant aux risques encourus en Turquie, mentionne l'avis de la commission d'expulsion et explicite les raisons pour lesquelles le requérant constitue une menace grave à l'ordre public. Elle est donc suffisamment motivée en droit et en fait.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée aurait été prise sans avoir été précédée d'un examen approfondi de la situation particulière de M. B.
6. En cinquième lieu, le moyen tiré de l'erreur de fait est dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au juge de l'excès de pouvoir d'en apprécier le bien-fondé.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Aux termes de l'article L. 631-2 de ce code dans sa rédaction applicable : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "étudiant" ; 4° L'étranger titulaire d'une rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle servie par un organisme français et dont le taux d'incapacité permanente est égal ou supérieur à 20 %. / Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 4° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou des délits punis de trois ans ou plus d'emprisonnement. () Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 4° du présent article qui est en situation irrégulière au regard du séjour, sauf si cette irrégularité résulte d'une décision de retrait de titre de séjour en application de l'article L. 432-4 ou d'un refus de renouvellement sur le fondement de l'article L. 412-5 ou du 1° de l'article L. 432-3. " Aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine. () Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article qui est en situation irrégulière au regard du séjour, sauf si cette irrégularité résulte d'une décision de retrait de titre de séjour en application de l'article L. 432-4 ou d'un refus de renouvellement sur le fondement de l'article L. 412-5 ou du 1° de l'article L. 432-3. "
8. Si M. B, né le 6 juillet 1973, soutient résider en France de manière habituelle depuis avant ses treize ans, il ne l'établit par aucune pièce. S'il produit de nombreux bulletins de salaire établis entre octobre 1989 et septembre 2016, dont plusieurs sont au demeurant libellés au nom d'un M. B, qui attesteraient d'une résidence habituelle en France à cette période, le requérant a fait l'objet d'une condamnation définitive pour le crime de tentative de viol à une peine d'emprisonnement de 8 années et n'était plus, depuis juillet 2019, en situation régulière sur le territoire national. Il n'entre donc pas dans les prévisions des articles L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 de ce code. Il a été définitivement condamné en 2021 pour des faits de tentative de viol commis récemment, en 2018, et il ressort des pièces du dossier que l'intéressé présente " des condamnations judiciaires de même nature avec similitude de mode opératoire non suivis de prise de conscience ni de soins " et est inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS) depuis 1995. Il a également fait l'objet d'une condamnation à 3 mois d'emprisonnement pour des faits de violence commis en 2019. Si son comportement en détention semble s'être amélioré après son transfert au centre de Val-de-Reuil, les membres de la commission d'expulsion ont noté " l'absence de travail sérieux sur lui-même ", de " comportement d'écoute face aux interrogations ", de " perception cohérente dans sa réflexion " et émis un avis favorable à son expulsion en estimant que l'existence d'une menace grave à l'ordre public ne peut être exclue. Si M. B bénéficie d'un entourage familial s'engageant à l'accueillir à sa levée d'écrou, l'intensité des liens entretenus avec sa famille pendant ses années de détention, et notamment récemment, n'est pas établie par les visites qu'il a reçues ni les relevés d'appels téléphoniques du centre de détention, et sans que l'éloignement du domicile familial et du centre de détention et l'état de santé, au demeurant non établi, du père de l'intéressé puissent à eux seuls expliquer la distanciation de ces liens. Aucune perspective sérieuse d'insertion professionnelle ne ressort en outre des pièces du dossier. Il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, avoir pris conscience de la gravité des faits qu'il a commis récemment ni avoir prévu une prise en charge médicale à sa levée d'écrou. Il constitue donc une menace grave pour l'ordre public. Enfin, si l'épouse et les trois enfants majeurs du requérant résident en France, il n'est pas établi qu'ils ne pourraient pas lui rendre visite en Turquie, où M. B ne justifie pas être dépourvu de toute attache. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige ordonnant son expulsion à destination du pays dont il a la nationalité méconnaît les dispositions des articles L. 631-1 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il porte, compte tenu des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 avril 2024 par lequel le préfet de l'Eure a ordonné son expulsion et fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Lucile Matrand et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
H. JEANMOUGIN Le président,
P. MINNE
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026