mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | YOUSFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, M. A E, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé pour une nouvelle durée de six mois l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre le 20 octobre 2022 ;
3°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, le versement de la même somme à son profit.
Il soutient que :
La décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- a été prise en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision individuelle défavorable ;
- méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
La décision portant assignation à résidence :
- est insuffisamment motivée ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux des droits de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 1er juillet 2024, présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Yousfi, avocat de M. E, qui reprend et précise les conclusions et moyens de la requête ;
- les observations de M. E, assisté de Mme B, interprète en langue géorgienne.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant géorgien né le 17 mai 1974, est entré en France le 16 janvier 2018. Le 12 février 2018, il a sollicité l'asile qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 septembre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 10 avril 2019. Par un arrêté du 20 mai 2019, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français. Après s'être maintenu en situation irrégulière, M. E a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 octobre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Cet arrêté a été confirmé par le jugement n° 2300044 du tribunal du 11 mai 2023, lui-même confirmé par l'arrêt n° 23DA01479 de la Cour administrative d'appel de Douai du 25 septembre 2023. Le 25 juin 2024, M. E a fait l'objet d'un contrôle par les services de police et, par deux arrêtés du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de six mois l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. E demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés du 25 juin 2024.
2. Il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur l'arrêté portant prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 24-015 du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du 22 mars suivant, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. F D, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relatives aux interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, éventuellement assortie d'une interdiction de retour ou encore d'une assignation à résidence, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la ou les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été loisible à M. E d'apporter à l'administration toutes les précisions jugées utiles aux fins notamment de lui permettre d'apprécier son droit au séjour en France, non seulement lors de l'instruction de sa demande d'asile et de sa demande de titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais également lors de son placement en retenue administrative pour vérification du droit au séjour le 25 juin 2024. Au surplus, M. E, qui se borne à invoquer la méconnaissance du droit d'être entendu, ne précise nullement les éléments susceptibles d'aboutir à l'édiction d'un arrêté différent de celui contesté qu'il n'aurait pu porter à la connaissance de l'administration. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu manque en fait et doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué, qui énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre du requérant, est suffisamment motivé. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. E doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même () pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
8. M. E se maintient en situation irrégulière sur le territoire français en dépit de deux mesures d'éloignement, respectivement prises les 20 mai 2019 et 20 octobre 2022, auxquelles il s'est soustrait. Il ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France et n'établit, ni même n'allègue, être dépourvu de toute attache en Géorgie où il a vécu jusqu'à l'âge de 44 ans. Si M. E fait valoir que son épouse et leurs enfants résident en France, il ne démontre nullement l'impossibilité de reconstruire la cellule familiale dans le pays dont ils sont originaires. Dans ces conditions, bien que le comportement de M. E ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prolongeant l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. E faisait l'objet pour une durée de six mois. Il n'a pas non plus porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. En dernier lieu, M. E fait valoir le caractère disproportionné de la mesure en litige au regard de son impossibilité de se faire soigner en Géorgie et la méconnaissance par le préfet de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Au cours de l'audience, le requérant soutient qu'il n'a pas les moyens de se soigner dans son pays d'origine et que les soins qui y sont dispensés ne sont pas équivalents à ceux qu'il reçoit en France. M. E, qui ne conteste pas l'existence d'un traitement approprié en Géorgie, n'apporte toutefois aucune précision sur le coût du traitement que son état de santé requiert et sur l'absence de dispositif en Géorgie assurant la prise en charge des soins dispensés aux personnes dépourvues de ressources ou dont les ressources sont inférieures à certains seuils. Dans ces conditions, même à supposer les moyens invoqués opérants, ils ne peuvent qu'être écartés.
Sur l'arrêté portant assignation à résidence :
10. En premier lieu, par un arrêté n° 24-015 du 21 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime du 22 mars suivant, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. F D, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
11. En deuxième lieu, l'arrêté portant assignation à résidence, qui énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. E doit être écarté.
12. En troisième lieu, les dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile instituent une formalité d'information devant intervenir après que les étrangers concernés sont assignés à résidence. Le moyen tiré de leur méconnaissance est, par suite, inopérant à l'appui de conclusions dirigées contre une décision d'assignation à résidence.
13. En dernier lieu, si M. E soutient que la décision portant assignation à résidence serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 25 juin 2024 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime a, d'une part, prolongé de six mois l'interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l'objet et, l'a, d'autre part, assigné à résidence pour une durée quarante-cinq jours. Par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
L. CLa greffière,
Signé
S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026