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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402540

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402540

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHUON SARFATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoire enregistrés les 28 juin, 10 juillet et 16 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Régis, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 31 mai 2024 par laquelle le maire de Flipou a prononcé à son encontre la sanction de révocation à compter du 15 juin 2024 et celle du 12 juillet 2024 par laquelle le maire a prononcé à son encontre la sanction de révocation à compter de la notification de la décision ;

2°) d'enjoindre à la commune de Flipou de prendre toutes les mesures utiles pour assurer sa réintégration immédiate dans ses fonctions ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Flipou une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- elle est constituée en cas de privation de revenus liée à la rémunération ; elle préjudicie gravement à sa situation financière ; elle a la charge de ses trois enfants et de sa sœur en situation de handicap ; elle ne perçoit pas d'allocations de France travail.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- les droits de la défense ont été méconnus en particulier le droit de se taire ; ce droit ne lui a pas été notifié ;

- les faits sont prescrits, le maire de Flipou savait depuis plus de trois ans qu'elle avait été nommée en qualité d'attaché territorial en méconnaissance des conditions fixées par les textes ;

- la matérialité des faits n'est pas établie dès lors qu'elle ne s'est jamais octroyée d'avantages et qu'elle n'a jamais dissimulé sa promotion illégale ;

- la sanction est disproportionnée ;

- la sanction est entachée d'une rétroactivité illégale dès lors qu'elle prend effet au 15 juin 2024 alors qu'elle n'a été notifiée que le 20 juin 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, la commune de Flipou, représentée par Me Huon, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 31 mai 2024, au rejet de l'ensemble des conclusions de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

Elle soutient que :

- l'arrêté du 31 mai 2024 a été retiré par un arrêté du 12 juillet 2024, notifié le 13 suivant ;

- la requérante ne justifie pas de la condition d'urgence ;

- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de révocation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 juin 2024 sous le numéro 2402539 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Mialon, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Van Muylder, juge des référés ;

- les observations de Me Régis représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins ;

- et les observations de Me Huon, pour la commune de Flipou.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B qui était adjointe administrative territoriale, a été promue par arrêté du 19 novembre 2020 du maire de Flipou au grade d'attaché territorial, après avis défavorable du centre de gestion de la fonction publique territoriale du département de l'Eure. Elle a bénéficié d'un arrêté d'avancement au deuxième échelon du grade d'attaché territorial par arrêté du 27 avril 2022. Mme B a été suspendue de ses fonctions par arrêté du 13 novembre 2023. Par arrêté du 31 mai 2024, le maire de Flipou a prononcé à son encontre une révocation avec effet à compter du 15 juin 2024 et l'a en conséquence radiée des cadres. Par arrêté du 12 juillet 2024, le maire de Flipou a retiré l'arrêté du 31 mai 2024 et prononcé à l'encontre de Mme B une sanction de révocation avec effet à compter de la notification de l'arrêté. Mme B doit être regardée comme demandant au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 12 juillet 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

Sur l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. La décision attaquée, qui prononce la sanction de révocation de ses fonctions à l'encontre de Mme B a pour conséquence de priver cette dernière de son traitement et de l'exercice de son activité professionnelle, portant ainsi une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle, par les troubles qu'elle est susceptible de provoquer dans ses conditions d'existence. Ainsi la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Il ressort des termes de l'arrêté du 12 juillet 2024 que pour prononcer la sanction de révocation le maire de Flipou s'est fondé d'une part, sur le fait que Mme B ne pouvait ignorer les illégalités grossières entachant sa promotion dont elle a directement avantage financier, d'autre part, qu'elle a dissimulé jusqu'au 17 juillet 2023 l'arrêté du 19 novembre 2020 du centre de gestion de la fonction publique territoriale de l'Eure, pourtant autorité gestionnaire des carrières des agents publics de la commune et enfin, qu'elle a dissimulé au maire par interim puis élu la réception en mairie des deux courriers d'alerte du président du centre de gestion et du préfet respectivement des 26 juillet et 14 septembre 2023.

6. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la matérialité des faits reprochés et de la disproportion apparaissent de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 12 juillet 2024 par laquelle le maire de Flipou a prononcé à l'encontre de Mme B la sanction de révocation, jusqu'à ce que le tribunal se soit prononcé sur les conclusions tendant à son annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

9. La présente ordonnance, qui suspend l'exécution de la décision du 12 juillet 2024, implique seulement que Mme B soit réintégrée, à titre provisoire, dans ses fonctions, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

10. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

11. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de la commune de Flipou dirigées contre Mme B qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Flipou, une somme de 1 500 euros à verser à Mme B en application desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté en date du 12 juillet 2024 par lequel le maire de Flipou a prononcé la révocation de Mme B est suspendue jusqu'à ce que le tribunal se soit prononcé sur les conclusions tendant à son annulation.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Flipou de réintégrer, à titre provisoire, Mme B dans ses fonctions dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La commune de Flipou versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la commune de Flipou.

Fait à Rouen, le 18 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé : C. VAN MUYLDERLe greffier,

Signé : J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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