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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402549

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402549

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. A C, représenté par Me Nadejda Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Bidault au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ladite condamnation valant renonciation de Me Bidault au versement de l'aide juridictionnelle ;

3°) dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle serait refusée, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 et 18 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024, présenté son rapport et entendu les observations de Me Derbali, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1.M. A C, ressortissant arménien né le 14 avril 1976, déclare être entré en France le 29 décembre 2021. Le 27 janvier 2022, il a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 27 avril 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), décision confirmée par un arrêt du 20 septembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 10 novembre 2022, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 20 mars 2023 de l'OFPRA, décision confirmée par un arrêt du 11 juillet 2023 de la CNDA. Par un arrêté du 27 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Son épouse a fait l'objet de décisions similaires, par arrêté du même jour. Les requêtes de M. C et de son épouse aux fins d'annulation des arrêtés du 27 juin 2023 ont été rejetées par le tribunal par jugement définitif du 31 août 2023. Le 25 juin 2024, M. C a fait l'objet d'un contrôle des services de police et d'une retenue administrative en vue de la vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, d'admettre provisoirement M. C, qui a sollicité l'aide juridictionnelle mais dont la demande n'a pu encore être examinée par le bureau compétent, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

4. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment, sa situation personnelle et familiale et ajoute qu'il ne peut se prévaloir de sa durée de séjour en France du fait de son maintien irrégulier sur le territoire, qu'il ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement légalement prononcée à son encontre et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Elle est, ainsi, suffisamment motivée en droit et en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

6. M. C soutient qu'il est père d'un enfant mineur qui est scolarisé depuis deux ans en France et que lui-même est intégré en France notamment par des engagements dans le bénévolat. Toutefois, il est constant que son épouse, compatriote, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et le requérant n'établit pas que leur fils ne pourrait poursuivre sa scolarité en Arménie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 15 ans. De plus, il ne démontre pas être professionnellement intégré en France en se bornant à verser au dossier un document montrant qu'il exerce depuis février 2024 comme entrepreneur individuel dans le commerce de véhicules légers. Par ailleurs, si le requérant produit une attestation de son activité bénévole, celle-ci n'atteste pas de l'exercice de cette activité antérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Enfin, M. C n'établit pas être socialement intégré en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. Le préfet de la Seine-Maritime ne peut être regardé comme ayant méconnu l'intérêt supérieur du fils du requérant en édictant la décision en litige, dès lors que la mère de l'adolescent fait également l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'est pas démontré que cet adolescent ne pourrait pas poursuivre une scolarité normale en Arménie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 du préfet de la Seine-Maritime formées par M. C doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. BLe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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