lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402617 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Robine, demande :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 juin 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient que la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que celle-ci :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- n'est pas motivée ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît l'article L. 233-2 et l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise alors que son dossier était complet ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Vu :
- la requête, enregistrée le 3 juillet 2024 sous le n° 2402602, tendant, notamment, à l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " En vertu de L. 522-3 du même code, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est, notamment, irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1.
2. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo, entrée en France en avril 2023, est mère de cinq enfants dont les trois plus jeunes sont nés de son union avec un ressortissant allemand. La décision du 4 juin 2024 qu'elle attaque n'est pas une décision de refus de séjour mais un courriel l'informant que sa demande ne peut faire l'objet d'une instruction.
3. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet.
4. Si la requérante soutient que, après avoir essuyé un premier refus d'instruire sa demande de carte de séjour en qualité de membre d'une famille ressortissante de l'Union européenne le 6 décembre 2023 au motif qu'elle était incomplète, expose l'avoir renouvelée par le dépôt d'une demande reçue le 13 mai 2024, ainsi qu'en témoignerait l'émission d'une confirmation de dépôt d'une première demande de titre de séjour par le téléservice Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF). Ce document, qui ne confère aucun droit, même provisoire, ne constitue pas une preuve du caractère complet de la demande. Si l'intéressée soutient avoir précisé sa dernière demande de délivrance d'une carte de séjour en invoquant sa double qualité de personne faisant partie d'un ménage composé, notamment, du père allemand de ses enfants et de mère de trois enfants de nationalité allemande scolarisés en France, elle ne produit pas cette demande, ni la lettre d'explication que son conseil aurait fait parvenir à l'administration. Ainsi, en l'état de l'instruction, et quelle que soit la formulation du motif du courriel attaqué, il apparaît, au vu de la demande de référé, que l'administration n'était pas saisie d'une demande complète.
5. En tout état de cause, le risque d'interpellation et d'éloignement invoqué par Mme B est purement éventuel dès lors que sa qualité de membre d'une famille de ressortissant de l'Union européenne, établie par les pièces qu'elle produit à l'appui de sa requête, lui confère le droit de séjourner sur le territoire français. Par ailleurs, compte tenu des prérogatives limitées du juge statuant en application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, une suspension ne pourrait donner lieu qu'à une injonction de réexamen de la situation administrative de la requérante. Compte tenu de ce qui est dit au point 4, la requérante, si elle s'y croit fondée, obtiendrait une position de l'autorité préfectorale compétente sur son droit à une carte de séjour en la saisissant à nouveau et sans tarder d'une demande complète et clairement formulée aussi rapidement que si la juridiction de référé l'ordonnait sous forme d'une injonction prononcée à l'issue d'une procédure complète incluant la tenue d'une audience à quinzaine. Dans ces conditions, aucune atteinte à la situation personnelle et familiale de l'intéressée n'apparaît atteindre un niveau de gravité et d'immédiateté tel que l'urgence imposerait le prononcé d'une mesure provisoire sans attendre le jugement au fond.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision, exprimée par un courriel mis à disposition le 4 juin 2024, par laquelle elle a été informée que sa demande de carte de séjour ne serait pas mise à l'instruction. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Seine-Maritime.
Fait à Rouen, le 8 juillet 2024.
Le juge des référés,
P. MINNE
N°2402617
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