mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | LEPEUC MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 et 22 juillet 2024, M. A D, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- les décisions sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen de sa situation ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet a méconnu sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Lepeuc, représentant M. D, présent et assisté de M. C, interprète en langue arabe.
Me Lepeuc soulève à la barre les moyens tirés de l'erreur de droit commise en prenant une obligation de quitter le territoire français, l'erreur d'appréciation entachant le refus d'octroyer un délai de départ volontaire, l'illégalité de la décision fixant le pays de destination et le défaut de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Le dispositif du jugement a été communiqué aux parties à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant algérien né le 20 mars 1990, déclare être entré en France en février 2024. Le 4 mars 2024, il a été écroué à la maison d'arrêt de Rouen. A sa libération le 4 juillet suivant, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre l'arrêté contesté et l'a placé en rétention, laquelle a été prolongée jusqu'au 3 août 2024 par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rouen.
2. Par arrêté du 7 juin 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme B, chargée de mission auprès de la cheffe du bureau de l'éloignement de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, a reçu délégation du préfet à l'effet de signer les mesures d'éloignement des étrangers, les décisions relatives au délai de départ volontaire, à l'interdiction de retour sur le territoire français et celles fixant le pays de renvoi. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque donc en fait.
3. L'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prendre les décisions contestées à l'encontre de M. D. En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français, il relève notamment qu'il représente une menace à l'ordre public et a été définitivement condamné par la justice française. Ces décisions sont donc motivées. Il ressort de cette motivation que le préfet n'a pas, avant de les prendre, omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.
4. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation () à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 (), l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () "
5. M. D a déclaré lors de son audition être passé successivement en Turquie, Bulgarie, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Italie, Suisse et Allemagne avant d'arriver en France, puis indique avoir été placé dans un centre en Slovénie. A supposer même qu'il se soit ainsi trouvé dans l'un des cas prévus aux articles susmentionnés, il ressort des dispositions de l'article L. 621-1 que la remise aux autorités d'un autre Etat membre de l'Union européenne constitue une possibilité qui ne fait pas obstacle à ce que les autorités françaises prennent à l'encontre d'un étranger une obligation de quitter le territoire français à destination d'un pays tiers, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 611-1. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
7. Le conseil de M. D fait valoir qu'il a sollicité l'asile en Slovénie et ne peut par conséquent être renvoyé dans son pays d'origine. M. D a déclaré lors de son audition que sa demande présentée en Allemagne avait été refusée " parce qu'ils ont considéré que j'avais déjà fait une demande en Slovénie ", mais il n'apporte aucun élément susceptible de démontrer qu'une telle demande aurait été acceptée. A supposer même qu'elle aurait été déposée et serait en cours d'examen, une telle circonstance ne suffit pas, à défaut de toute précision sur les risques qu'il encourrait en Algérie, à entacher d'illégalité la fixation de cet Etat comme pays de renvoi.
8. En relevant notamment que M. D ne prouve pas être entré régulièrement en France, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le préfet a pu refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sans commettre d'erreur d'appréciation.
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
10. Il ressort des pièces du dossier que, vingt-cinq jours après être entré irrégulièrement en France, M. D s'est rendu coupable de vol et vol avec destruction ou dégradation et refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter exposant directement un agent chargé de constater les infractions à un risque de mort ou d'infirmité permanente. Il a été condamné pour ces faits le 5 avril 2024 à un an d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Dieppe. Célibataire et sans enfant, M. D ne justifie pas de ressources et sa mère, ses frères et sœurs résident en Algérie. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement fixer à trois ans la durée de de l'interdiction de retour sur le territoire français qu'il était tenu, conformément aux dispositions précitées en l'absence de circonstances humanitaires, de prononcer à son encontre.
11. Compte tenu de ce qui est dit plus haut sur la situation personnelle de M. D, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, au demeurant dépourvu de toute précision permettant d'en apprécier la pertinence, ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. D à fin d'annulation de l'arrêté pris à son encontre par le préfet de la Seine-Maritime, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Maritime.
Lu en audience publique le 9 juillet 2024.
Le président du tribunal,
J. BERTHET-FOUQU'
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026