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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402666

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402666

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES JU
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Zago, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a fixé le pays de sa destination.

M. A soutient que la décision attaquée :

- est signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Zago, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe ;

- M. A, qui répond aux questions posées par le tribunal et qui déclare être ressortissant congolais (Brazzaville).

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais (Brazzaville), est entré sur le territoire en 2004 dans le cadre du regroupement familial et a bénéficié de titres de séjour entre 2016 et 2022. Le 11 avril 2024, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, devenue définitive. Par l'arrêté attaqué du 5 juin 2024, notifié le même jour, le préfet de l'Eure a abrogé le pays de renvoi mentionné dans l'article 1 de l'arrête du 11 avril 2024 et a fixé le pays de renvoi de M. A comme tout pays dont il déclare avoir la nationalité, à savoir la République du Congo ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible. Il est placé au centre de rétention administrative de Oissel (Seine-Maritime)

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C D, adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration titulaire d'une délégation de signature du 2 novembre 2023, publiée au recueil des actes administratifs n° 329 du 2 novembre 2023, lui permettant de signer au nom du préfet notamment l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée fixe comme pays de destination le pays dont l'intéressé a la nationalité, ou en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral un pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité, ou avec son accord, un autre pays dans lequel elle établit être légalement admissible. Il ressort des mentions de la décision attaquée que celle-ci vise la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que le pays de renvoi fixé à l'article 1 de l'arrêté du 11 avril 2024 est erroné dès lors que M. A est ressortissant congolais. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constitue le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () " Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : "Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de son audition le 4 juin 2024, que M. A, entré sur le territoire en 2004 dans le cadre du regroupement familial, fait valoir qu'il est le père d'un fils né le 19 juin 2015, lequel n'est pas à sa charge et réside chez sa mère, que des membres de sa famille vivent également en France et qu'il a travaillé dans le secteur de la construction. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur la fixation du pays de renvoi. M. A n'établit, ni même n'allègue qu'il encoure le risque de se voir infliger en cas de retour dans son pays d'origine un traitement inhumain et dégradant. Le requérant a été identifié, notamment au regard d'une copie de son passeport, comme ressortissant de la République du Congo. Les autorités de ce pays lui ont délivré un laisser-passer consulaire le 26 juin 2024. Dans ces conditions, l'arrêté fixant le pays de destination ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Eure.

Lu en audience publique le 10 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

L. FAVRE

La greffière,

Signé :

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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