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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402676

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402676

mercredi 11 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B, ressortissant turc, contestant l'arrêté préfectoral du 24 juin 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour un an. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et avait été précédé d'un examen particulier de sa situation. Il a estimé que la mesure n'était pas disproportionnée au regard de sa courte présence en France (moins de deux ans) et de l'absence d'attaches familiales solides, conformément aux articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. La décision a également écarté les moyens tirés de la violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 et 20 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Oznur Apaydin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an, ainsi que son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour, sous astreinte de 95 euros par jour de retard, ou subsidiairement de réexaminer sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé ;

- n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- est disproportionné, dans son principe et dans sa durée ;

- méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, auxquelles les parties n'ont été ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant turc né le 20 août 1993, déclare être entré en France en septembre 2022. Il a présenté le 9 novembre 2022 une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 février 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 21 juin 2023. Par arrêté du 1er septembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français. Par arrêté du 24 juin 2024, le préfet l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an.

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

3. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de cette convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde : il est donc suffisamment motivé, et il ressort de ses termes mêmes qu'il a été précédé d'un examen particulier de la situation de M. B.

5. En deuxième lieu, M. B, qui n'est présent en France que depuis moins de deux ans - dont un an en situation irrégulière - ne justifie d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français, tandis qu'il ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. L'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B résulte donc, dans son principe comme dans sa durée, d'une exacte application des dispositions citées au point 2. Pour les mêmes motifs, elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, les craintes dont font état M. B pour sa vie et sa sécurité en cas de retour et de maintien dans son pays d'origine ne sont pas établies par les pièces versées au dossier, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 février 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 21 juin 2023. Il n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2024. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

Philippe C

Le greffier,

signé

Henry TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé : S. Combes

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