mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402691 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de quarante-cinq jours l'assignation à résidence prononcée à son encontre le 24 mai 2024 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de cette même somme, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision individuelle défavorable ;
- la décision est dépourvue de base légale dans la mesure où, à la date de son édiction, l'obligation de quitter le territoire français avait été prise depuis plus d'un an ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet ;
- les observations de Me Barhoum, pour M. B, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête, dépose deux pièces et demande au tribunal de surseoir à statuer dans l'hypothèse où le Conseil d'Etat aurait été saisi d'une demande d'avis concernant la question de la " rétroactivité " de la loi du 26 janvier 2024 ; elle fait valoir en outre, qu'eu égard à l'ancienneté de l'obligation de quitter le territoire français, la vie privée et familiale du requérant est nécessairement marquée par des circonstances nouvelles.
M. B n'était pas présent.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né le 25 décembre 2003, déclare être entré en France le 20 juillet 2019. L'intéressé a fait l'objet, le 19 avril 2022, d'un arrêté d'éloignement, jugé légal, le 9 février 2023, par le tribunal administratif de Rouen. Le 24 mai 2024, M. B a été assigné à résidence par le préfet de la Seine-Maritime pour une durée de quarante-cinq jours, sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant demande l'annulation de la décision du 5 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé cette assignation à résidence pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les termes des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 susvisée, rappelle que M. B a fait l'objet, le 19 avril 2022, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et expose les éléments de fait, tenant à l'absence de présentation, lors de son audition administrative, de tout document de voyage en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est insuffisamment motivée, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, M. B a été entendu, le 7 juin 2024, par le service territorial de la Police aux Frontières de Rouen et a ainsi été mis à même de présenter toutes les observations qu'il jugeait utiles, relatives à sa situation personnelle. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'édiction de la décision litigieuse est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant toute décision individuelle défavorable, ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, susvisée : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige, issue de la loi précitée : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Enfin, l'article 86 de la loi du 26 janvier 2024 dispose que : " () IV. - L'article 72, à l'exception du 2° du VI, l'article 73, le I de l'article 74, les 6° à 10° de l'article 75, l'article 76 et les 2°, 8° et 11° du II de l'article 80 entrent en vigueur à une date fixée par décret en Conseil d'Etat, et au plus tard le premier jour du septième mois suivant celui de la publication de la présente loi. Ces dispositions s'appliquent à la contestation des décisions prises à compter de leur entrée en vigueur. ".
6. Il résulte de ces dispositions que le 2° du VI de l'article 72 qui porte à trois ans le délai dans lequel une obligation de quitter le territoire permet d'assigner à résidence l'étranger qui en fait l'objet, ainsi que cela est codifié par le nouvel article L. 731-1 en son 1°, est d'application immédiate. Le préfet de la Seine-Maritime devait donc fonder l'arrêté litigieux du 5 juillet 2024 sur les nouvelles dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables depuis le 28 janvier 2024. En outre, il ne ressort d'aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une obligation de quitter le territoire français perdrait son caractère exécutoire faute d'avoir été exécutée dans un délai déterminé, l'étranger demeurant toujours dans l'obligation de quitter le territoire. Ainsi, les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi du 26 janvier 2024, étaient applicables à la situation de M. B, qui a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français édictée moins de trois ans, à la date d'adoption de l'arrêté portant assignation à résidence en litige. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Maritime a méconnu le principe de non-rétroactivité de la loi, ni que la mesure d'assignation à résidence prononcée à son encontre serait entachée d'un défaut de base légale. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, si M. B fait valoir, par la voix de son conseil à l'audience, que l'écoulement du temps, depuis l'édiction de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, a nécessairement généré de nouvelles circonstances de fait et de droit, il n'en spécifie pas la nature. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 litigieux. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
C. BOUVET
La greffière,
Signé :
S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2402691
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