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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402694

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402694

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, Mme D A, représentée par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination, et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise en méconnaissance des droits de la défense ;

- cette décision ne peut être prise qu'à l'issue du délai de départ volontaire et en l'absence d'exécution de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'interdiction de retour sur le territoire français, et méconnaît les dispositions de l'article

L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée ;

- les observations de Me Boyle, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient en outre que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'un défaut de motivation.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 7 février 2000 à Kinshasa (République démocratique du Congo), de nationalité congolaise, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande par une décision du 28 juin 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 août 2023. L'OFPRA a rejeté sa demande réexamen par une décision du 11 mars 2024, confirmée par la CNDA le 14 mai 2024. Par un arrêté du 18 juin 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination, et a décidé de l'application d'office d'une interdiction de retour sur le territoire français en cas de non-respect du délai de départ volontaire qui lui est imparti.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, M. C B, chef du bureau, des migrations et de l'intégration, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de l'Eure en date du 2 novembre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, vise les dispositions dont il fait application et relève que la demande d'asile de Mme A a été rejetée et qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire, et indique qu'elle n'allègue pas être exposée, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

6. L'arrêté attaqué prévoit à son article 4, ainsi que dans ses motifs, l'application " d'office " d'une interdiction de retour sur le territoire français, dont la durée d'un an est d'ores et déjà fixée, en cas d'inexécution par Mme A de son obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours. Toutefois, l'intéressée, qui n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ne peut être regardée à la date d'édiction de l'arrêté contesté comme s'étant maintenue irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire. Cette circonstance faisait dès lors obstacle à ce que le préfet de l'Eure édicte de façon anticipée à l'encontre de l'intéressée, comme il l'a fait, une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 en tant qu'il lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Ces dispositions font toutefois obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, dans la présente instance, au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 18 juin 2024 en tant qu'il interdit à Mme A le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, au préfet de l'Eure et à Me Boyle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La magistrate désignée,

L. DELACOUR

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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