mercredi 11 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | BOYLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, Mme G A, représentée par Me David Boyle, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai et l'a interdite de séjour sur le territoire français pendant un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État et au bénéfice de Me Boyle, ou subsidiairement à son propre bénéfice, la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté attaqué :
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;
- méconnaît l'article 3 de cette convention et est entaché d'erreur dans l'appréciation des risques auxquelles elle est exposée dans son pays d'origine.
Elle soutient en outre que l'interdiction de retour sur le territoire français est injustifiée et disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête, en soutenant qu'elle n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'ont été ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G A, ressortissante de la République de Guinée née le 13 mars 1988, déclare être entrée en France le 4 août 2022. Le 25 octobre 2022, elle a présenté une demande d'asile. Celle-ci a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 janvier 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 1er septembre 2023. Par arrêté du 18 juin 2024, le préfet de l'Eure l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai et l'a interdite de séjour sur le territoire français pendant un an.
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la " décision " portant refus de séjour :
3. Comme le relève le préfet dans les motifs de l'arrêté attaqué, Mme A n'a présenté aucune demande de titre de séjour, à l'exception de sa demande d'asile qui a été rejetée définitivement par la Cour nationale du droit d'asile le 1er septembre 2023. L'obligation faite à Mme A de quitter le territoire français repose non sur le rejet d'une demande de titre de séjour mais sur la circonstance, prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa demande d'asile a été rejetée et qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Dès lors, en l'absence de demande de titre de séjour soumise au préfet de l'Eure, la " décision " par laquelle celui-ci rejette une telle demande est inexistante, et Mme A n'est donc pas recevable à en demander l'annulation.
Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F C, chef du bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture de l'Eure, en vertu de la délégation que lui a accordée le préfet par un arrêté du 2 novembre 2023, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque donc en fait.
5. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme A a conclu un pacte civil de solidarité avec M. E B, ressortissant guinéen titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, le 22 mars 2024, et elle justifie de sa résidence commune avec lui à compter du mois de juin 2024, soit respectivement trois mois et quelques semaines avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Si la requérante soutient avoir une relation sentimentale et vivre en concubinage avec M. B depuis le mois d'août 2022, la seule production d'attestations signées par elle-même et par son compagnon ne suffisent pas à établir la véracité de cette allégation. Par ailleurs, Mme A ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Par conséquent, en obligeant Mme A à quitter le territoire français à destination de son pays d'origine, le préfet de l'Eure n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, et n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Les craintes dont Mme A fait état pour sa vie et sa sécurité en cas de retour en Guinée ne sont aucunement étayées par les pièces du dossier, alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 janvier 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 1er septembre 2023. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué l'exposerait à des traitements contraires aux dispositions précitées et qu'il serait entaché d'erreur d'appréciation à cet égard.
Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
11. Mme A, qui n'est présente en France que depuis un an et dix mois à la date de la décision attaquée, n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement antérieurement à l'arrêté attaqué, ne représente pas de menace à l'ordre public et a conclu un pacte civil de solidarité avec M. B le 22 mars 2024. Dans ces circonstances, c'est au prix d'une inexacte application des articles L. 612-8 et L. 612-10 précités que le préfet a interdit Mme A de retour sur le territoire français pendant un an, et Mme A est fondée à demander pour ce motif l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions accessoires de la requête :
12. L'exécution du présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par Mme A et son avocat au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 18 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a interdit Mme A de retour sur le territoire français pendant un an est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G A, à Me David Boyle et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
Philippe D
Le greffier,
signé
Henry TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé : S. Combes
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026