mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402702 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités espagnoles ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre en charge sa demande d'asile sans délai, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. B soutient que :
- la décision méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle a été adoptée en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu ;
- la preuve de la saisine des autorités espagnoles n'est pas rapportée ;
- la décision méconnaît l'article 13-1 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. Bouvet a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;
- les observations de Me Inquimbert, pour M. B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et fait valoir, en outre, que les heures des relevés d'empreintes effectués par l'Espagne et par la France sont incohérentes.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien né le 31 décembre 1994 est entré en France le 19 janvier 2024, selon ses déclarations. Le 14 février 2024, il a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture du Val-de-Marne. Les consultations opérées sur la borne Eurodac ont révélé qu'il avait été identifié par les autorités espagnoles, le 22 janvier 2024. Le 13 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a saisi les autorités espagnoles, sur le fondement de l'article 13-1 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé, d'une demande de prise en charge de l'intéressé. Cette demande a été acceptée par un accord implicite intervenu le 14 mai 2024, sur le fondement de l'article 22-7 du règlement précité. Par l'arrêté attaqué du 1er juillet 2024, notifié le 3 juillet suivant, le préfet de la Seine-Maritime a décidé du transfert de M. B aux autorités espagnoles.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté de transfert :
3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile.
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu d'entretien individuel du 14 février 2024, contresigné par ses soins, que M. B s'est vu remettre deux brochures d'information en langue soninké, que l'intéressé a déclaré comprendre, la première, dite " A ", intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' ", et la seconde, dite " B ", intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ainsi que le guide du demandeur d'asile en France, en langue française, traduits par un interprète en langue soninké officiant par téléphone. M. B a en outre disposé d'un délai raisonnable pour apprécier en toute connaissance de cause la portée de ces informations avant le 1er juillet 2024, date à laquelle le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités espagnoles. Dans ces conditions, M. B n'a pas été privé de la garantie instituée par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, il apparaît, à la lecture du compte rendu produit, que l'entretien du 14 février 2024 dont a bénéficié M. B, a été conduit par un agent de la préfecture de la Seine-Maritime affecté au service des étrangers, soumis aux obligations d'obéissance hiérarchique, de discrétion professionnelle, de moralité, de probité et de neutralité, donc qualifié, assisté d'un interprète en soninké officiant par téléphone et dans des conditions garantissant sa confidentialité. Le requérant ne fait, au demeurant, état d'aucun élément susceptible d'établir que cet entretien ne se serait pas déroulé dans les conditions prévues par l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
6. En troisième lieu, l'entretien individuel évoqué aux points précédents, a fourni à M. B la possibilité de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation. En tout état de cause, il ne livre aucun autre élément qu'il eût souhaité porter à la connaissance de l'autorité administrative et qui, s'il avait pu être communiqué à temps, aurait été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure de transfert en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
7. En quatrième lieu, par la production des documents issus du réseau Dublinet, le préfet de la Seine-Maritime justifie avoir saisi, le 13 mars 2024, les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge de M. B sur le fondement de l'article 13-1 du règlement (UE) n°604/2013 et avoir obtenu un accord implicite de ces autorités au terme de l'écoulement du délai prévu par les dispositions de l'article 22-7 de ce même règlement. En outre, les autorités espagnoles ont été informées de cet accord implicite, en application de l'article 10 du règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine et d'acceptation des autorités espagnoles doit être écarté comme manquant en fait.
8. En cinquième lieu, la circonstance que M. B aurait été secouru en mer par les autorités espagnoles et qu'il aurait été amené contre son gré sur le territoire terrestre de cet Etat, n'est pas, à elle seule, de nature à faire regarder le franchissement de la frontière de cet Etat membre comme régulier, au sens des dispositions de l'article 13 du règlement dès lors, notamment, que l'intéressé ne conteste pas qu'il souhaitait se rendre dans l'un des pays de l'Union européenne pour y solliciter une protection internationale et qu'il ne disposait pas d'un visa l'y autorisant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par l'arrêté attaqué, des dispositions de l'article 13 du règlement susmentionné doit être écarté.
9. En sixième lieu, il ressort des extraits du fichier Eurodac que les empreintes de M. B ont été relevées pour la première fois, le 22 janvier 2024, par les autorités espagnoles. Le requérant n'apporte aucun commencement de preuve de ce qu'il se trouvait sur le territoire français, à compter du 19 janvier 2024, de sorte que l'incohérence entre les dates de relevés décadactylaires opérés en Espagne et en France, qu'il invoque par la voix de son conseil à l'audience, n'est nullement établie.
10. En septième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".
11. La faculté laissée à chaque Etat membre par l'article 17 du règlement cité au point précédent de décider d'examiner une demande d'asile qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
12. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
13. Si M. B, soutient souffrir de problèmes de santé nécessitant des soins spécialisés en pneumologie, il ne verse aux débats aucun élément permettant d'établir ses allégations. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier, à supposer sa pathologie avérée, que le requérant ne pourrait pas avoir accès à des soins appropriés de manière effective, en Espagne. S'il soutient, d'autre part, que son père et son frère seraient présents sur le territoire français, les pièces qu'il produit à l'appui de ses écritures, ne permettent pas de tenir pour établi le lien de parenté dont il se prévaut, alors que la présence sur le territoire national de ces personnes n'a pas même été évoquée dans ses déclarations, lors de l'audience, ni plus, d'ailleurs, que dans l'entretien individuel précité, s'agissant de la personne qu'il désigne comme son frère. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Espagne, qui a accepté la prise en charge de M. B, ne serait pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à ses droits. Dans ces conditions, en ne mettant pas en œuvre la procédure dérogatoire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 précité, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu ces dispositions, pas plus qu'il n'a méconnu celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les moyens soulevés en ce sens doivent, par conséquent, être écartés.
14. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Espagne. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
C. BOUVETLa greffière,
Signé :
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
N°240270
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026