mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, Mme A B, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert aux autorités espagnoles ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de prendre en charge sa demande d'asile sans délai, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme B soutient que :
- la décision méconnaît l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle a été adoptée en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendue ;
- la preuve de la saisine des autorités espagnoles n'est pas rapportée ;
- la décision méconnaît l'article 9 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. Bouvet a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Au cours de l'audience publique du 16 juillet 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;
- les observations de Me Inquimbert, pour Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et fait valoir, en outre, que les autorités espagnoles ont été informées, postérieurement à l'édiction de l'arrêté de transfert, de l'accord implicite de prise en charge.
- les observations de Mme B, assistée de M. C, interprète en arabe.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 22 avril 1994 est entrée en France le 18 février 2024, selon ses déclarations. Le 15 mars 2024, elle a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Seine-Maritime. Les consultations du fichier Visabio ont révélé qu'elle disposait d'un visa valable jusqu'au 20 avril 2024 délivré par les autorités espagnoles. Le 8 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a saisi les autorités espagnoles, sur le fondement de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé, d'une demande de prise en charge de l'intéressée. Cette demande a été acceptée par un accord implicite intervenu le 11 juin 2024, sur le fondement de l'article 22-7 du règlement précité. Par l'arrêté attaqué du 18 juin 2024, notifié le 27 juin suivant, le préfet de la Seine-Maritime a décidé du transfert de Mme B aux autorités espagnoles.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté de transfert :
3. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile.
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu d'entretien individuel du 15 mars 2024, contresigné par ses soins, que Mme B s'est vue remettre deux brochures d'information en langue arabe, que l'intéressée a déclaré comprendre, la première, dite " A ", intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' ", la seconde, dite " B ", intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ainsi que le guide du demandeur d'asile en France. L'intéressée a, en outre, disposé d'un délai raisonnable pour apprécier en toute connaissance de cause la portée de ces informations avant le 18 juin 2024, date à laquelle le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités espagnoles. Dans ces conditions, Mme B n'a pas été privée de la garantie instituée par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En deuxième lieu, il apparaît, à la lecture du compte rendu produit, que l'entretien du 15 mars 2024 dont a bénéficié Mme B, a été conduit par un agent de la préfecture de la Seine-Maritime affecté au service des étrangers, soumis aux obligations d'obéissance hiérarchique, de discrétion professionnelle, de moralité, de probité et de neutralité, donc qualifié, assisté d'un interprète en arabe officiant par téléphone et dans des conditions garantissant sa confidentialité. La requérante ne fait au demeurant état d'aucun élément susceptible d'établir que cet entretien ne se serait pas déroulé dans les conditions prévues par l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
6. En troisième lieu, l'entretien individuel évoqué aux points précédents, a fourni à Mme B la possibilité de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation. En tout état de cause, l'intéressée ne fait état d'aucun élément qu'elle eût souhaité porter à la connaissance de l'autorité administrative et qui, s'il avait pu être communiqué à temps, aurait été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure de transfert en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
7. En quatrième lieu, par la production des documents issus du réseau Dublinet, le préfet de la Seine-Maritime justifie avoir saisi, le 8 avril 2024, les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge de Mme B sur le fondement de l'article 12-2 du règlement (UE) n°604/2013 et avoir obtenu un accord implicite de ces autorités au terme de l'écoulement du délai prévu par les dispositions de l'article 22-7 de ce même règlement. D'autre part, la circonstance que les autorités espagnoles ont été informées, le 12 juillet 2024 de cet accord implicite, est sans incidence sur la régularité de l'arrêté litigieux dès lors qu'il ne ressort d'aucun texte, notamment pas du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni d'aucun principe, que les autorités de l'Etat-membre requérant seraient tenues d'informer l'Etat-membre requis de ce qu'il a donné son accord implicite à la prise en charge d'un demandeur d'asile. A cet égard, les dispositions de l'article 10 du règlement n° 1560/2003, qui ont trait aux conditions d'exécution d'une décision de transfert, sont sans incidence sur la légalité d'une telle décision. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie aux fins de saisine des autorités espagnoles doit être écarté comme manquant en fait.
8. En cinquième lieu, en application de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013, les membres de la famille, au sens de ce règlement ne comprennent pas la fratrie des demandeurs d'asile. Par suite, en ne faisant pas application de l'article 9 de ce règlement, qui concerne le cas où un membre de la famille du demandeur a été admis au séjour en qualité de bénéficiaire d'une protection internationale, à la situation de Mme B dont la sœur a été admise au séjour en qualité de réfugiée, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu l'article 9 du règlement (UE) n° 604/2013, ni commis d'erreur de droit.
9. En sixième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".
10. La faculté laissée à chaque Etat membre par l'article 17 du règlement cité au point précédent de décider d'examiner une demande d'asile qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
11. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
12. Au cas d'espèce, Mme B produit une copie de la carte de résident au titre de l'asile, d'une personne qu'elle présente comme sa sœur, ainsi que les décisions d'admission au statut de réfugié de trois personnes, dont deux mineurs qu'elle présente respectivement comme son beau-frère et ses neveux. Toutefois, l'intensité et l'ancienneté des liens qu'elle allègue entretenir avec ces personnes, n'est pas suffisamment établie alors qu'aucune preuve n'est produite attestant de liens qu'aurait entretenu l'intéressée, lorsqu'elle résidait dans son pays d'origine, avec sa sœur, qui séjourne en France depuis au-moins 2021. Mme B, qui ne parle pas français, est entrée sur le territoire des Etats parties à l'accord de Schengen en demandant un visa à l'Espagne et sans même demander un visa à la France. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Espagne, qui a accepté la prise en charge de Mme B, ne serait pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à ses droits. Enfin, la requérante ne présente pas une situation de particulière vulnérabilité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 doivent être écartés.
13. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante n'est pas établie.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Espagne. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
C. BOUVETLa greffière,
Signé :
C. DUPONT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
C. DUPONT
N°2402703
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026