lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MUKENDI NDONKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 juillet 2024 et le 3 août 2024, M. A C B, retenu au centre de rétention de Oissel, représenté par Mukendi Ndonki, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fixé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, et d'ordonner l'effacement du signalement aux fin de non-admission Schengen, l'ensemble, dans un délai d'un mois à compter du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette condamnation valant renonciation au versement de la part contributive de l'Etat, à défaut de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire et du droit à être entendu ;
- il est entaché d'un défaut d'examen ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée, qui a informé le conseil du requérant de l'irrecevabilité du moyen soulevé à l'audience tiré de l'exception d'illégalité dirigée contre une décision individuelle devenue définitive ;
- les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant M. C B qui conclut aux mêmes fins que la requête, demande à ce que M. C B soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, et soutient en outre que :
* La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale pour erreur manifeste d'appréciation dès lors que le comportement de M. C B ne constitue pas une menace à l'ordre public, les faits qui lui sont reprochés étaient anciens et isolés, qu'il est parent d'un enfant français et que la cour d'appel de Rouen a constaté par son arrêt du 15 avril 2021 son impécuniosité si bien qu'il doit être regardé comme pouvant se voir délivrer un titre de séjour de plein droit ;
* La décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que M. C B est entré en France en 2013, est père d'un enfant français avec qui il a des contacts, n'a plus de famille dans son pays d'origine et a effectué des formations dans le cadre de sa détention ;
- les observations de M. C B qui a affirmé avoir des contacts téléphoniques avec son fils qu'il a vu pour la dernière fois en août 2023.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B, ressortissant congolais né le 10 décembre 1990, déclare être entré sur le territoire français en 2013. Par un arrêté du 12 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C B et lui a interdit le retour sur le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 1er juillet 2024, dont M. C B retenu au centre de rétention de Oissel, demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions de l'article L.612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressé. Par suite, l'arrêté attaqué, dont la motivation n'apparaît pas stéréotypée, énonce, eu égard à l'objet de chacune des décisions litigieuses, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il suit de là que le moyen ainsi soulevé manque en fait et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, éventuellement assortie d'une interdiction de retour ou encore d'une assignation à résidence, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la ou les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été loisible à M. C B d'apporter à l'administration toutes les précisions jugées utiles aux fins notamment de lui permettre d'apprécier son droit au séjour en France, non seulement lors de l'instruction de sa demande de titre de séjour mais également lors de son placement en retenue administrative pour vérification du droit au séjour et lorsqu'il était en détention au centre pénitentiaire du Havre. Au surplus, M. C B, qui se borne à invoquer la méconnaissance du droit d'être entendu, ne précise nullement les éléments susceptibles d'aboutir à l'édiction d'un arrêté différent de celui contesté qu'il n'aurait pu porter à la connaissance de l'administration. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu manque en fait et doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, M. C B soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée en raison des illégalités dont serait entachée la décision du 12 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 12 juillet 2023, qui mentionnait régulièrement les voies et le délai de recours de trente jours, en application des dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, a été régulièrement notifié au requérant le 17 juillet 2023. Si le pli contenant l'arrêté du 12 juillet 2023 est revenu à la préfecture en portant la mention " pli non avisé et non réclamé ", M. C B a reconnu à l'audience ne pas avoir informé l'administration de son changement d'adresse. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise le 12 juillet 2023, qui est dépourvue de caractère réglementaire et qui ne forme pas avec l'arrêté attaqué du 1er juillet 2024 des éléments d'une opération complexe, est devenue définitive à l'expiration du délai de trente jours à compter de la notification régulière du pli. Ainsi, M. C B n'est pas recevable à exciper de son illégalité.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui mentionne, notamment, la situation familiale et personnelle de M. C B, que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de ce dernier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () " Et aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
9. Il ressort du dossier que M. C B est entré en France en 2013 et qu'il est père d'un enfant français né le 11 janvier 2018 avec qui l'intéressé a affirmé à l'audience avoir des contacts téléphoniques. L'intéressé fait également état des formations professionnelles qu'il a réalisées dans le cadre de sa détention, ainsi que d'une promesse d'embauche, antérieure à son incarcération, qui, selon lui, lui ouvrent des perspectives professionnelles à sa sortie de détention. Toutefois, il est constant que M. C B a été condamné une première fois le 25 mai 2018 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de violence sur sa conjointe. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant, après avoir fait l'objet d'un mandat de dépôt du 22 mai 2019 et placé en détention provisoire pour des faits de meurtre sur conjoint, a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel du Havre le 16 juin 2021, à cinq ans d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée. Il ressort des allégations de M. C B à l'audience que les violences pour laquelle il a été condamné ont été commises sur sa conjointe et sur un ami, en la présence de son enfant et que le jugement a, par ailleurs, interdit à l'intéressé d'entrer en contact avec la mère de son enfant. Si M. C B se prévaut d'une attestation de la mère de l'enfant du 25 février 2023 selon laquelle l'enfant nécessite la présence de son père et que ce dernier contribue à son éducation et son entretien, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des photographies versées à l'instance par le requérant que M. C B aurait partagé une communauté de vie avec son enfant, y compris avant son incarcération. En outre, par les seuls éléments qu'il verse au dossier faisant état d'achats ponctuels et de versements réguliers de sommes d'argent en 2022, le requérant ne justifie pas participer à l'entretien et l'éducation de son fils, ni entretenir des liens intenses avec ce dernier. Si M. C B soutient réaliser des virements à ses belles-filles, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que d'une part, ces dernières vivraient aux côtés de l'enfant et d'autre part que le versement ponctuel de ces sommes permettrait d'assurer l'entretien du fils de M. C B. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. C B a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français le 26 janvier 2022, à laquelle il n'a pas déféré, cette dernière ayant été assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C B serait isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 23 ans. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la menace à l'ordre public que représente le comportement de l'intéressé, le préfet de la Seine-Maritime a légalement pu prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale, ni porté une atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents et compte tenu des condamnations pénales dont le requérant a fait l'objet, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de M. C B.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 1er juillet 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. C B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Mukendi Ndonki au préfet de la Seine-Maritime.
Lu en audience publique le 5 août 2024.
La magistrate désignée,
B. ESNOL
La greffière,
A. LENFANTLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
240271
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026