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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402775

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402775

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402775
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantSTERENN LAW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 12 et 22 juillet 2024, M. A D, représenté par Me Rooryck-Sarret, associée de la SELARL Sterenn Law, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence l'autorisant à travailler et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, en toute hypothèse dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice, par le préfet, de son pouvoir discrétionnaire permettant la régularisation de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 3 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 juillet 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Rooryck-Sarret, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a indiqué soulever, par la voie de l'exception, l'ensemble des moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour, pour contester l'obligation de quitter le territoire français. Dans ce cadre, elle a souligné que la vie commune entre M. D et son épouse avait débuté dès le mariage et qu'il exerçait une activité professionnelle en contrat à durée indéterminée depuis le mois de janvier 2024, pour un salaire supérieur au SMIC. Elle a également relevé que l'examen de la demande de titre de séjour n'avait pu être sérieux en l'absence de réponse à sa requête par suite de l'impossibilité d'avoir pu déposer des pièces complémentaires. Ont également été entendues les observations de M. D, assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui a apporté des précisions sur sa relation avec son épouse, son activité professionnelle et sur ses attaches en France et en Algérie.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 11 h 26, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 10 juillet 1992, déclare être entré le 1er août 2022 sur le territoire français. Par suite de son mariage, le 24 juin 2023, avec une ressortissante française, l'intéressé a sollicité, le 11 juillet 2023, un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 26 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à M. D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. Par un arrêté du 13 juillet 2024, non contesté, le préfet de la Seine-Maritime a assigné ce dernier à résidence.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative applicable au litige : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné saisi selon la procédure prévue à l'articles R. 776-17 du code de justice administrative, de statuer sur la décision par laquelle le préfet a refusé de délivrer un titre de séjour à un ressortissant étranger.

4. Après avoir introduit, le 12 juillet 2024, un recours contre l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, M. D a été assigné à résidence. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur les décisions du 26 mars 2024 faisant obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal de statuer sur la décision du 26 mars 2024 portant refus de titre de séjour. Par suite, il y a lieu de réserver leur examen à une telle formation, de même que celui des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens qui en sont l'accessoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, M. D entend exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour. Il fait valoir qu'elle est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, qu'elle méconnaît les stipulations d'une part, des article 6-2 et 6-5 de l'accord franco-algérien, et d'autre part, de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et enfin, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice, par le préfet, de son pouvoir discrétionnaire permettant la régularisation de sa situation.

6. De première part, la décision portant refus de titre de séjour, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les stipulations dont elle fait application et relève que M. D ne remplit pas les conditions qu'elles prévoient. Elle fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois en France et dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.

7. De deuxième part, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour. M. D ne peut ainsi utilement soutenir que le préfet n'a pas examiné sérieusement sa demande de titre de séjour, faute de lui avoir demandé des pièces complémentaires, dès lors d'une part, que le préfet ne lui a pas opposé l'incomplétude de sa demande et d'autre part, qu'il n'était pas tenu de lui adresser une telle demande en l'absence de dispositions en ce sens dans le code précité, ni même en application de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, qui n'est pas applicable à une telle situation. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.

8. De troisième part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

9. L'obligation de souscrire la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen susvisée, reprise à l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire. Il est constant que M. D, entré en France en provenance d'Espagne, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour délivré par les autorités de cet Etat, n'a pas effectué cette déclaration et ne peut dès lors être regardé comme étant entré régulièrement sur le territoire français. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet s'est fondé sur cette seule circonstance pour refuser de délivrer un certificat de résidence à M. D sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien, et non sur l'absence de vie commune avec son épouse.

10. De quatrième part, alors même que le préfet a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, M. D ne peut utilement en invoquer la méconnaissance dès lors que, entrant dans la catégorie prévue à l'article 6-2 précité, elles ne lui sont pas applicables.

11. De cinquième part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. D est récente, de même que son mariage et son activité professionnelle. Il n'apporte aucun commencement de preuve quant à la présence de membres de sa famille en France. Il ne fait état d'aucun obstacle à la séparation du couple le temps de l'instruction, dans son pays d'origine, où ses parents résident, de la demande du visa de court séjour requis pour son entrée régulière sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur dans l'exercice, par le préfet, de son pouvoir discrétionnaire permettant la régularisation de sa situation.

13. Par suite de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

14. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, il en est de même de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. D doit être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à M. D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en tant qu'elles s'y attachent.

D E C I D E :

Article 1 : Ainsi qu'il a été dit au point 4, l'examen des conclusions de la requête de M. D à fin d'annulation de la décision du 26 mars 2024 portant refus de titre de séjour, ainsi que de celles aux fins d'injonction et d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, en tant qu'elles s'y rattachent, est réservé jusqu'à ce qu'il y soit statué par une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Rooryck-Sarret et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. CLa greffière,

Signé

C. Dupont

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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