mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 2 |
| Avocat requérant | SOUTY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Souty, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 du préfet de l'Eure, en tant que cet arrêté l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de dix jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet d'effacer sa fiche FPR et sa fiche SIS ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et de mettre la somme de 1000 euros à la charge de l'Etat à son propre bénéfice sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas présenté une fausse identité ;
- est entachée d'erreur de droit car le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour prendre cette décision ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas présenté une fausse identité ;
- est entachée d'erreur de droit car le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour prendre cette décision ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;
- est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle n'a pas présenté une fausse identité ;
- méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit dès lors qu'aucune disposition ne prévoit d'automaticité de l'intervention d'une décision d'interdiction de retour en cas d'absence de départ de l'étranger dans un délai de trente jours ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2024 à 8h53, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Galle comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,
- les observations de Me Souty, représentant Mme A, qui précise qu'elle ne souhaite pas bénéficier d'un interprète ; il conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise que Mme A encourt toujours des menaces pour sa sécurité, malgré le rejet de sa demande d'asile, compte tenu de la circonstance qu'elle s'est soustraite à un réseau de prostitution qui a organisé son passage en Europe qui lui réclame le paiement d'une dette à cet égard ; qu'elle recevait encore des menaces par téléphone jusque récemment ; qu'elle n'a pas présenté de demande de réexamen de sa demande d'asile ; qu'elle encourt également des risques en cas de retour dans son pays d'origine, notamment le risque d'être excisée ; qu'elle n'a pas dissimulé son identité mais a pu indiquer de bonne foi le nom de famille de son père à son arrivée en Italie ; que la présence d'une interdiction de retour dans l'arrêté attaqué n'est pas claire, et la mention selon laquelle une interdiction sera appliquée automatiquement est illégale ;
La magistrate désignée a informé les parties présentes à l'audience de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, une telle décision n'existant pas en l'espèce.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane née le 15 février 1998, déclare être entrée en France le 12 septembre 2022. Le 2 janvier 2023, elle a demandé son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 29 septembre 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 mai 2024. Par l'arrêté du 21 juin 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée à l'expiration de ce délai.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables, notamment l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application au cas de Mme A, précise que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA et que l'intéressée ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, et fait état de sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Eure a procédé à un examen complet de la situation de Mme A avant de prendre la décision attaquée.
5. En troisième lieu, si la requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait au motif qu'il énonce à tort qu'elle a présenté une fausse identité dans le but de tromper l'administration, il ressort des pièces du dossier que le relevé Eurodac réalisé en France lors d'une procédure de transfert vers l'Italie a révélé que Mme A était connue sous un autre nom de famille. S'il n'est pas démontré que la requérante a délibérément cherché à se prévaloir d'une fausse identité, cette circonstance reste sans incidence sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas été prise pour le motif précité, mais en raison de la perte du droit au séjour de l'intéressée après le rejet définitif de sa demande d'asile.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Eure s'est cru à tort en situation de compétence liée pour édicter l'obligation de quitter le territoire français contestée.
7. En cinquième lieu, si la requérante soutient qu'elle a quitté le Nigéria en 2016 après avoir subi un mariage forcé et des violences, qu'elle a été entrainée dans un réseau de prostitution en Italie, qu'elle est arrivée en France où elle a donné naissance à un enfant le 4 mars 2023, sans que le père de l'enfant, rencontré en Italie, ne lui donne de nouvelles, la requérante et son enfant résident depuis peu sur le territoire français, et y sont dépourvus d'attaches. Mme A ne justifie d'aucun élément d'insertion en France. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, la décision vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité de la requérante et précise qu'elle pourra être renvoyée à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
10. En deuxième lieu, les moyens de l'erreur de fait, de l'erreur de droit, et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 à 6.
11. En dernier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des déclarations faites à l'audience, que la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA, encourt des risques graves pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, après avoir cité les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant que lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour, le préfet de l'Eure a précisé, dans les motifs de l'arrêté attaqué comme dans son dispositif, que si Mme A n'a pas quitté le territoire à l'expiration du délai de 30 jours, une interdiction de retour d'une durée d'un an " s'appliquera d'office ". Cette mention, qui constitue le simple rappel de la législation applicable, ne constitue pas une décision d'interdiction de retour sur le territoire ni une décision administrative faisant grief à l'intéressée. Aucune décision d'interdiction de retour n'étant ainsi édictée dans l'arrêté attaqué, les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision doivent être rejetées comme irrecevables.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 du préfet de l'Eure. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Souty et au préfet de l'Eure.
Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La magistrate désignée,
C. GalleLa greffière,
N. Drouilhet
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.nd
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026