vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, et une pièce, enregistrée le 31 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Thorel, Selarl Ekis avocats, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 18 juin 2024, portant refus de délivrance d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui remettre une carte professionnelle provisoire l'autorisant à exercer ses fonctions d'agent de sécurité privée jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige, et ce dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- La condition d'urgence est remplie car son emploi est mis en péril ;
- Il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* Les faits de violence commis le 25 septembre 2021 au Grand Quevilly ne sont pas établis ;
* Ces faits n'ont pas été mentionnés dans la demande d'information que lui a adressée le CNAPS ;
* La décision est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- La condition d'urgence n'est pas remplie et l'intérêt public commande au contraire de préserver la décision en litige ;
- Il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision en litige
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 16 juillet 2024 sous le n°2402808 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er août 2024 tenue en présence de Mme Pinheiro Rodrigues, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Thorel, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Il résulte de l'instruction que M A a sollicité auprès du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) le renouvellement de sa carte professionnelle lui permettant d'être employé dans une entreprise de sécurité privée. Bien qu'il n'y soit pas tenu, le CNAPS a mis en œuvre une procédure contradictoire, par courrier du 28 mars 2024, en informant M. A qu'il envisageait de rejeter sa demande eu égard à sa mise en cause comme auteur de faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours commis le 18 mai 2020 à Fécamp et en l'invitant à faire parvenir ses observations sur les faits mentionnés dans un délai de quinze jours. M. A a fait parvenir les observations demandées par courrier du 9 avril 2024. Par décision du 18 juin 2024, prise au nom du directeur du CNAPS, la déléguée territoriale lui a opposé un refus, fondé sur le motif que l'intéressé avait été mis en cause pour des faits de violence commis le 18 mai 2020 à Fécamp et le 25 septembre 2021 au Grand Quevilly et que, dès lors, les conditions d'intégrité requises par l'article L 612-20 du code de la sécurité intérieure n'étaient pas remplies. M. A demande notamment la suspension de l'exécution de cette décision.
3. En premier lieu, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que les faits commis le 25 septembre 2021 au Grand Quevilly n'ont pas été mentionnés dans le courrier du 28 mars 2024 et le moyen tiré de ce que ces faits ne sont pas établis sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
4. En second lieu, la décision en litige aura pour conséquence de priver de son emploi M. A, lequel exerce effectivement les fonctions d'agent de sécurité privée à temps plein dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, contrat que son employeur a d'ailleurs suspendu pour la période du 5 au 31 août 2024. La condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit donc être regardée comme remplie, la seule circonstance que le requérant pourrait percevoir des allocations pour perte d'emploi, pour une durée nécessairement limitée, n'ayant pas pour effet de faire disparaître l'urgence. Enfin, si, en l'état de l'instruction, il doit être tenu pour établi que M. A a commis, le 18 mai 2020 à Fécamp, des faits de violence suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours, ces faits, pour lesquels il a été condamné à une amende de 600 euros dont 450 euros avec sursis, ne sont pas de nature à démontrer qu'il existe un intérêt public à ce que la décision du 18 juin 2024 soit exécutée jusqu'à ce que le juge du fond statue sur la requête ou jusqu'à ce que le CNAPS ait pris une nouvelle décision sur la demande de M. A.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision du CNAPS du 18 juin 2024 doit être suspendue.
6. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le Conseil national des activités privées de sécurité réexamine la demande de carte professionnelle de M. A et le mette en possession, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, d'un récépissé de demande de renouvellement de carte professionnelle valable jusqu'à l'intervention de sa décision expresse, en vue de permettre à l'intéressé la poursuite régulière de son activité professionnelle. Il y a lieu de lui enjoindre de prendre ces deux mesures, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision en date du 18 juin 2024 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer la demande de carte professionnelle de M. A et de le mettre en possession, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, d'un récépissé de demande de renouvellement de carte professionnelle valable jusqu'à l'intervention de sa décision expresse, en vue de permettre à l'intéressé la poursuite régulière de son activité professionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Rouen, le 2 août 2024.
La juge des référés, La greffière,
A. C C. PINHEIRO RODRIGUES
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026