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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402820

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402820

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402820
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantSOMDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 23 août 2024, M. C, représenté par Me Somda, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision en date du 11 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est fondé sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- la compétence de son signataire n'est pas démontrée ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 542-4 et L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation, s'agissant, notamment, de l'existence d'une menace pour l'ordre public et eu égard à son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, magistrat désigné ;

- les observations de Me Somda, représentant M. A, qui reprend et développe les conclusions et moyens soulevés dans la requête et précise, en outre que ses conclusions au titre des frais irrépétibles sont également formées au titre des dispositions de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A n'était pas présent.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant géorgien né le 8 juillet 1963 a été interpellé, le 10 juillet 2024, et placé en garde à vue, pour des faits de vol à l'étalage. Les vérifications opérées ont permis de constater que l'intéressé faisait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée le 15 décembre 2023. Par un arrêté du 11 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige a été prise par Mme B qui disposait, en qualité de cheffe du bureau de l'éloignement, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime du 7 juin 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision litigieuse, qui indique, notamment, au visa de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A s'est maintenu en France au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé et qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'édicter l'arrêté en litige. Le moyen soulevé en ce sens doit, par conséquent, être écarté.

6. En quatrième lieu, M. A a été entendu, le 10 juillet 2024, par les policiers du Commissariat du Havre, sur sa situation administrative, familiale ainsi que l'éventualité de l'adoption d'une nouvelle mesure d'éloignement à son encontre, laquelle peut être assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. L'intéressé a ainsi été mis à même de faire valoir les observations qu'il jugeait utiles avant l'édiction de la décision litigieuse. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que celle-ci a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse repose sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En sixième lieu, la circonstance que M. A a introduit un recours, toujours pendant, aux fins d'annulation de la décision du 15 décembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, n'a pas eu pour effet d'ôter à cette mesure son caractère exécutoire mais seulement de faire obstacle à son exécution d'office. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime pouvait, le 11 juillet 2024, se fonder sur les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour prononcer à l'encontre de l'intéressé, qui s'était maintenu en France après l'expiration du délai de trente jours qui lui avait été accordé, une interdiction de retour sur le territoire français. A le supposer ainsi soulevé, le moyen tiré de l'erreur de droit, doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

10. M. A fait valoir qu'il souffre d'un carcinome pulmonaire ainsi que de troubles dépressifs, pour lesquels il est suivi médicalement en France. Toutefois, si le certificat médical établi le 28 août 2023 par un praticien du service de pneumologie du Groupe hospitalier du Havre et le certificat médical du 15 mai 2024 d'un psychiatre de l'hôpital Pierre Janet du Havre, peuvent être regardés comme justifiant d'un suivi médical au sein de ces services, ils ne permettent pas de tenir pour établi que l'état de santé du requérant nécessite impérieusement un suivi en France alors que les motifs de l'obligation de quitter le territoire français du 15 décembre 2023, versée aux débats par l'administration, font état de ce que le collège de médecins de l'OFII a conclu, au terme de sa séance, du 5 avril 2023, que l'intéressé pouvait bénéficier d'un traitement et d'un suivi adapté à son état dans son pays d'origine. Ainsi, le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, l'épouse de M. A et sa fille majeure, qui vivent toutes deux en France, font également l'objet de mesures d'éloignement, ainsi qu'il ressort des motifs de l'obligation de quitter le territoire français précitée du 15 décembre 2023. Le requérant ne justifie d'aucune insertion particulière en France, où il ne dispose pas d'un domicile. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet, le 27 octobre 2020, d'une obligation de quitter le territoire français, jugée légale par la Cour administrative d'appel de Douai, à laquelle il ne s'est pas conformé. L'intéressé a été interpellé, le 18 janvier 2022 pour des faits de vol à l'étalage et menace réitérée contre les personnes, le 16 décembre 2023 pour recel de vol aggravé et le 10 juillet 2024 pour vol, de sorte que le préfet était fondé à retenir que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point précédent en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant et en fixant à deux ans la durée de cette interdiction.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Ses conclusions formées en ce sens doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridicitionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Somda et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. BOUVET

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé : S. Combes

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