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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402827

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402827

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. et Mme D, ressortissants turcs, qui demandaient l'annulation des arrêtés du 26 juin 2024 du préfet de la Seine-Maritime les obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme), compte tenu de la brièveté de leur séjour et de l'absence d'insertion professionnelle stable. Il a également écarté le moyen tiré des risques de traitements inhumains en cas de retour en Turquie (article 3 de la même Convention), faute d'éléments probants après le rejet de leurs demandes d'asile par l'OFPRA et la CNDA. La solution retenue est le rejet de la requête, fondée sur les articles L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 776-26 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. A et Mme B D demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 26 juin 2024 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Ils soutiennent que :

- leur vie privée et familiale se situe sur le territoire français ;

- M. D serait soumis à des risques d'emprisonnement et de torture s'il retournait en Turquie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les observations de M. et Mme D, assistés de Mme C E, l'interprète missionnée par les requérants, qui ont produits des pièces complémentaires.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante turque née le 17 juin 1971, et M. A D, ressortissant turc né le 5 mai 1972, sont entrés sur le territoire français le 23 avril 2023 à l'aide d'un document de circulation valant sauf-conduit. Le 2 mars 2023, les intéressés ont procédé à l'enregistrement d'une demande d'asile auprès des services de la préfecture de police de Paris. Par décisions du 20 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes de protection internationale. Le 6 mars 2024, les requérants ont déposé une demande de réexamen auprès de la préfecture de la Seine-Maritime. Par deux décisions du 5 avril 2024, l'OFPRA a de nouveau rejeté leurs demandes de protection internationale, refus confirmés par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 juin 2024. Par un arrêté du 26 juin 2024, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. et Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

3. M. et Mme D font valoir que leurs enfants nés en 2020 sont scolarisés en France, rien ne fait toutefois obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Turquie et à la scolarisation des enfants en Turquie. S'ils invoquent une promesse d'embauche en qualité de ravaleur pour M. D et produisent un contrat à durée indéterminée en qualité de maçon à compter du 1er décembre 2023, ces éléments ne permettent pas de démontrer une insertion sociale et professionnelle stable et durable. Enfin, il ne ressort pas des pièces produites au dossier que l'état de santé de M. D, qui est suivi par le centre médico psychologique du centre hospitalier du Rouvray, justifie d'une prise en charge médicale en France dont le défaut pourrait entraîner des conséquences graves. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France des requérants, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

4. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'il s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

5. Si M. D soutient qu'il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement politique au sein du parti kurde, l'intéressé, dont la demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, n'apporte pas d'élément supplémentaire permettant d'établir les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme D doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, Mme B D et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé : C. VAN MUYLDER

Le greffier,

Signé : J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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