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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402833

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402833

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBOYLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en référé, a été saisi par M. B A pour demander la suspension de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a retiré sa carte de résident. Le juge a admis provisoirement l'intéressé à l'aide juridictionnelle et a considéré que la condition d'urgence était présumée remplie en raison du retrait du titre de séjour, sans que le préfet ne puisse la renverser. Sur le fond, le tribunal a estimé qu'il existait un doute sérieux quant à la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, l'exécution de l'arrêté préfectoral a été suspendue.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, et des pièces, enregistrées le 31 juillet 2024, M. D B A, représenté par Me Boyle, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a retiré sa carte de résident valable du 18 avril 2023 au 17 avril 2033 ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser, à titre principal, à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à titre subsidiaire à lui-même en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La condition d'urgence est remplie ;

- Il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :

* elle a été prise par une autorité incompétente ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle ne prévoit pas la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, contrairement aux dispositions de l'article L 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'erreur d'appréciation, s'agissant de la menace grave à l'ordre public alléguée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2024 à 10 h 45, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- La condition de l'urgence n'est pas remplie ;

- Il n'existe aucun doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 16 juillet 2024 sous le n°2402832 par laquelle M. B A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

L'heure de début de l'audience publique a été décalée afin de permettre à Me Niakaté, avocate de M. B A, de prendre connaissance du mémoire en défense du préfet enregistré un quart d'heure avant l'heure initiale de l'audience et de s'entretenir avec son client, présent avec son père.

Au cours de l'audience publique du 1er août 2024, tenue en présence de M. Boulay, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Niakaté, pour M. B A.

Considérant ce qui suit :

1.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2.M. B A, ressortissant afghan né le 2 octobre 2024, demande, sur le fondement des dispositions citées au point 1, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Eure a retiré, sur le fondement de l'article L 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de résident qu'il lui avait délivrée pour la période du 18 avril 2023 au 17 avril 2033 en tant qu'enfant de réfugié.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

4. Eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. B A à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

6. En premier lieu, le préfet a retiré le titre de séjour de M. B A, de sorte qu'il doit, en principe, être présumé que la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite. En l'espèce, le préfet n'apporte, en défense, aucun élément de nature à renverser cette présomption en invoquant la circonstance que M. B A ne disposait de sa carte de résident que depuis quatorze mois et que la décision n'est pas assortie d'une mesure d'éloignement, étant d'ailleurs précisé que, par courrier du 11 juillet 2024, le préfet de l'Eure a informé M. B A qu'il envisageait de prendre à son égard une obligation de quitter le territoire français et l'a invité à présenter ses observations sur cette éventualité.

7. En second lieu, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que l'administration a commis une erreur d'appréciation en considérant que M. B A constitue une menace grave pour l'ordre public est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B A est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024.

9. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet de l'Eure remette M. B A en possession du titre de séjour qu'il lui a retiré, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté du 10 juillet 2024. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B A aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative ou 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D B A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de l'arrêté du préfet de l'Eure du 10 juillet 2024 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Eure de remettre M. B A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, en possession du titre de séjour qu'il lui a retiré, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de l'arrêté du 10 juillet 2024.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B A, à Me David Boyle et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Eure.

Fait à Rouen, le 2 août 2024.

La juge des référés,

Signé :

A. C Le greffier,

Signé :

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N. BOULAY

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