mardi 3 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402852 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, Mme E G, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme G soutient que :
o L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- a été prise sans examen de sa situation personnelle, ce qui est révélé par le fait que la décision est identique à celle précédemment annulée par le tribunal ;
- méconnaît l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas vérifié si elle était autorisée à se maintenir sur le territoire français avant d'adopter l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
o La décision fixant le pays de destination :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré 9 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 30 août 2024, en présence de M. Tostivint, greffier, présenté son rapport et entendu les observations orales :
- de Me Inquimbert, représentant la requérante, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures, et soutient en outre que :
o sa situation n'a pas été suffisamment examinée ; si la décision mentionne le rejet de la demande d'asile de sa fille, la décision de l'OFPRA, qui ne lui avait pas encore été notifiée, n'était pas opposable, et ne pouvait être prise en considération ;
o alors que le préfet avait connaissance de son état de santé, le certificat médical produit lui ayant été communiqué au cours de la précédente instance, il n'en a pas tenu compte ; elle souffre de troubles psychologiques en lien avec ce qu'elle a vécu dans son pays d'origine ;
o la procédure devant la CNDA à propos de sa fille étant pendante, la décision attaquée méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ; son éloignement priverait sa fille d'un représentant légal sur le territoire français et ferait obstacle à la poursuite de la procédure.
- et de Mme G, assistée par M. C, interprète en kinyarwanda;
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E G, ressortissante rwandaise née le 30 janvier 1989 est entrée en France le 25 décembre 2022 avec deux de ses enfants. Elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 2 mars 2023. Par une décision du 12 mai 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de protection internationale, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 janvier 2024. Le 5 février 2024, elle a présenté une demande d'asile au nom de son enfant A née le 7 septembre 2023, demande rejetée par l'OFPRA le 30 avril 2024. Par un arrêté du 25 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime a obligé Mme G à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée. Par jugement du 18 juin 20024, le magistrat désigné du tribunal a annulé l'arrêté du 25 avril 2024 au motif que la mesure d'éloignement méconnaissait les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande de Mme G dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par un arrêté du 26 juin 2024, dont Mme G demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime l'a à nouveau obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de Mme G à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 23-066 du 20 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, Mme Julia Le Fur, secrétaire générale de la sous-préfecture du Havre, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet du Havre, tous arrêtés relevant de ses attributions dans les limites de l'arrondissement du Havre. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne des éléments postérieurs à l'adoption de l'arrêté du 25 avril 2024, notamment le rejet par l'OFPRA de la demande d'asile présentée par la requérante au nom de sa fille née le 7 septembre 2023, le jugement susmentionné du tribunal, la question de son droit au maintien sur le territoire français, et comporte des éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante, notamment la présence en France de certains de ses enfants et ses attaches dans son pays d'origine, que sa situation n'aurait pas été suffisamment examinée avant l'adoption de cette décision en exécution du jugement susvisé du tribunal. La circonstance que l'arrêté mentionne la décision par laquelle l'OFPRA a rejeté la demande d'asile présentée au nom de sa fille alors que cette décision ne lui avait pas encore été notifiée n'est pas constitutive d'un défaut d'examen de sa situation. Le moyen tiré de ce que sa situation n'aurait pas été suffisamment examinée doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, la requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas vérifié si elle était autorisée à se maintenir sur le territoire français avant d'adopter à son encontre une mesure d'éloignement. Il ressort toutefois de ce qui vient d'être dit que la question du droit au maintien en France de la requérante est abordée dans l'arrêté attaqué.
6. En quatrième lieu, si la requérante fait valoir qu'il n'a pas été tenu compte de son état de santé alors que le préfet en avait nécessairement connaissance, l'attestation établie le 20 novembre 2023 aux termes de laquelle elle bénéficie d'une prise en charge depuis avril 2023 lui ayant été communiquée dans le cadre de la précédente instance, elle n'établit pas avoir fourni au préfet des pièces actualisées, et n'en produit pas davantage dans le cadre de la présente instance. Elle n'établit dès lors pas que son état de santé implique sa présence sur le territoire français.
7. En cinquième lieu, il est constant que, lors de l'adoption de la décision attaquée, elle résidait depuis moins de deux années en France, où elle entrée à l'âge de 33 ans, et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine ou résident deux de ses enfants, nés en 2009 et 2010. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de la requérante nés en 2016 et 2018, qui l'ont accompagnée en France, ne pourraient l'accompagner dans leur pays d'origine, où résident leur père et leurs deux ainés, et y poursuivre une scolarité. S'agissant de sa cinquième enfant, née en France, déclarée à l'état civil comme étant la fille de son mari, si la requérante fait valoir que le père de l'enfant serait en réalité M. D F, compatriote réfugié statutaire, la paternité n'est attestée que par les seules déclarations de la requérante et de M. F, présent à l'audience, et par la production d'une pièce établissant que la requérante a sollicité la modification de l'état civil de sa fille, sans toutefois que cette pièce ne mentionne le nom de M. F, lequel n'a entrepris aucune démarche de contestation de paternité. Il n'est de plus ni établi ni allégué que ce dernier subviendrait aux besoins de l'enfant ou entretiendrait des liens avec lui, alors au demeurant que ce dernier et la requérante ne vivent pas ensemble, celle-ci déclarant être hébergée au sein d'un foyer de l'Armée du salut. Si la requérante invoque son état de santé, la pièce qu'elle verse aux débats date du 20 novembre 2023 et ne saurait suffire à établir que son état de santé implique sa présence en France. La requérante n'établissant pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situerait désormais en France, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
8. En dernier lieu, il ressort de ce qui vient d'être dit que les pièces du dossier ne permettent pas d'établir que les enfants de la requérante nés en 2009 et 2010 ne pourraient poursuivre leur vie et leur scolarité dans leur pays d'origine. La paternité et les liens entre M. F et la fille de la requérante n'étant pas établis, aucune circonstance ne fait obstacle à ce qu'Ineza accompagne sa mère et ses frères dans leur pays d'origine. La circonstance que la procédure relative à la demande d'asile A serait pendante devant la CNDA ne lui conférant aucun droit au maintien sur le territoire français, l'éloignement de sa mère du territoire français ne sera pas de nature à faire obstacle à la poursuite de la procédure. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de la requérante en méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit ainsi être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté pour les motifs énoncés au point 3.
10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
11. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision attaquée méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, elle ne produit aucune pièce relative aux risques qui l'ont conduite à solliciter le bénéfice de l'asile. D'autre part, si elle invoque les nouveaux risques qu'elle encourrait du fait de la circulation dans son quartier d'origine au Rwanda de la nouvelle selon laquelle elle aurait eu un enfant, hors mariage, avec un compatriote réfugié statutaire, elle ne produit pour établir la réalité et l'ampleur des risques allégués qu'une lettre, rédigée en langue française, langue qu'elle a déclarée au tribunal ne pas comprendre, qui aurait été écrite par son mari, dont l'origine et les modalités d'envoi ne sont pas attestées. Le moyen susvisé doit donc être écarté.
12. En dernier lieu, la circonstance que la procédure relative à sa fille serait pendante devant la CNDA ne suffit pas à caractériser une erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que celles formulées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme G est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G, à la SELARL Mary et Inquimbert, et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 septembre 2024.
La magistrate désignée,
C. B
Le greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026