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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402871

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402871

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Galle.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante haïtienne née le 22 novembre 1991, a déclaré être entrée en France le 30 juillet 2016. Elle a obtenu un titre de séjour en qualité de conjointe de Français le 5 octobre 2018. Le 20 juillet 2020, son titre de séjour a été remplacé par un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, suite à la naissance de sa fille E le 27 mai 2019, de nationalité française. Son titre de séjour a été renouvelé par la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de deux ans, valable du 7 octobre 2021 au 6 octobre 2023. Le 12 juillet 2023, Mme B A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 26 mars 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article 371-2 du code civil dispose que : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. ".

3. Aux termes de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article 316 du code civil : " Lorsque la filiation n'est pas établie dans les conditions prévues à la section I du présent chapitre, elle peut l'être par une reconnaissance de paternité ou de maternité, faite avant ou après la naissance. / La reconnaissance n'établit la filiation qu'à l'égard de son auteur. () ". Au titre de l'article 312 du code civil, inclus dans la section I du chapitre II du titre VII du Livre Ier de ce code : " L'enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari ".

4. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme B A sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur le motif tiré de ce que Mme B A et M. C D ont divorcé le 8 janvier 2021 et que M. D ne démontre pas participer régulièrement à l'éducation et à l'entretien de sa fille ni qu'il exerce son droit de visite obtenu par jugement rendu le 8 janvier 2021 par le juge aux affaires familiales.

5. Toutefois, d'une part, ainsi que le fait valoir Mme B A dans ses écritures, les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent pas que l'étranger qui s'en prévaut démontre que le parent français de l'enfant contribue à l'entretien ou l'éducation de son enfant. D'autre part, les dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne s'appliquent pas au cas d'espèce, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme B A a épousé le 24 juin 2017 un ressortissant français, M. C D, et que leur enfant est née le 27 mai 2019, soit antérieurement au divorce des parents intervenu en 2021, de sorte que la filiation de l'enfant E D à l'égard de M. C D n'est pas établie en application de l'article 316 du code civil par une reconnaissance de paternité, mais est établie en application de l'article 312 du code civil.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en opposant à la requérante le motif tiré de l'absence de preuve d'une contribution du père français de l'enfant à son éducation et à son entretien, le préfet de la Seine-Maritime a commis une erreur de droit. Il n'est pas contesté par ailleurs que Mme B A est mère d'une enfant mineure française, dont elle assure l'entretien et l'éducation depuis sa naissance. Par suite, la requérante remplissait les conditions prévues à l'article L. 423-7 pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B A est fondée à demander l'annulation de la décision du 26 mars 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions d'obligation de quitter le territoire français et portant fixation du pays de destination contenues dans l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement, en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, qu'il soit procédé au renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle en qualité de parent d'enfant français dont Mme B A était titulaire dans les conditions prévues par l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer son titre de séjour à Mme B A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions aux frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à Me Seyrek, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Seyrek renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 26 mars 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer un titre de séjour à Mme B A en qualité de parent d'enfant français dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Seyrek une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B A, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Bellec, premier conseiller,

- Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. GALLE

L'assesseur le plus ancien,

C. BELLECLa greffière,

A. HUSSEIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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