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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2402889

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2402889

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2402889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantBIDAULT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant nigérian, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 17 juillet 2024 prolongeant de trois mois son interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance des articles L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé pour une durée de trois mois l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, et à défaut de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise par un signataire incompétent ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et méconnait les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Rouen a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées au chapitre II du titre II du livre IX de la partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,

- les observations de Me Derbali, substituant Me Bidault, représentant M. B, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant est père de deux enfants nés en 2021 et 2024.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant nigérian né le 14 mai 1993, déclare être entré sur le territoire français en 2017. Par une décision du 17 juillet 2017, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de trois mois l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. B fait l'objet. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991, d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

3. En premier lieu, M. C, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime prise par un arrêté du n°24-035 du 12 juillet 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

4. En deuxième lieu, la décision contestée vise les dispositions des articles L. 612-11 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et précise notamment que par l'intéressé a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement sa nationalité et sa situation familiale en France. Elle présente ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. " Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions mêmes de la décision attaquée que M. B entré en France en 2017, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcées le 4 novembre 2022, versée à l'instance par le préfet. Par suite, le moyen tiré de l'erreur doit également être écarté.

7. D'autre part, si M. B soutient être en couple avec une ressortissante nigériane avec qui il a eu deux enfants nés en 2021 et en 2024 et travailler dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel signé en 2020 comme agent de manutention, il est constant que M. B ne vit pas avec ses enfants et la mère de ses enfants et qu'il apporte aucun élément de nature à établir les liens qu'il entretiendrait avec ces derniers ou qu'il contribuerait à leur éducation et leur entretien. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu de la durée de trois mois de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, compte tenu notamment de la durée de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peuvent qu'être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de trois mois l'interdiction de retour en France dont il fait l'objet. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

B. ESNOL La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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