vendredi 6 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, M. B E, assisté par Me Abdollahi Mandolkani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa situation et de le munir d'une attestation de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence de son auteur ;
- est insuffisamment motivé ;
- ne procède pas d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée par l'analyse des critères permettant de la prononcer ;
- méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne qui garantit son droit de présenter des observations préalables et les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît son droit à se maintenir sur le territoire jusqu'à la notification des organismes chargés de l'asile ;
- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues les observations de Me Abdollahi Mandolkani, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que la date de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) mentionnée sur le relevé TelemOfpra n'est pas fiable dès lors qu'elle peut différer de la date de lecture en séance publique ; souligne que les services de la préfecture ne peuvent être regardés comme ignorant les mentions de l'autorisation de travail inscrites dans le registre de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF).
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. En premier lieu, par un arrêté du 2 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 27-2023-329 de la préfecture, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. D C, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait.
2. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral du 21 juin 2024 attaqué en litige reproduit les termes du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. E, ressortissant turc né le 5 mai 1999, et précise que sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 18 octobre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français en litige mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle repose. S'agissant en particulier de l'interdiction de retour sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté fait état des critères examinés par l'autorité administrative et comporte ainsi la mention des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, ainsi d'ailleurs que celui tiré d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé, doivent être écartés en toutes leurs branches.
3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E, auteur d'une demande d'asile, est présumé avoir été à même de pouvoir faire valoir toutes observations utiles auprès de l'administration auprès de laquelle il a effectué ses démarches en vue de bénéficier d'une protection internationale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie, prévue par le droit issu de l'Union européenne, d'être entendu préalablement à l'édiction des mesures d'éloignement en litige.
4. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions du relevé d'information extrait de l'application TelemOfpra produit en défense, que la décision de la CNDA ayant statué sur la demande de M. E a été lue en audience publique le 18 octobre 2023. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration aurait pris l'obligation de quitter le territoire français contestée à une date à laquelle l'intéressé jouissait encore d'un droit à se maintenir sur le territoire national en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait.
5. En cinquième lieu, il n'est pas établi, par les considérations générales relatives à la situation de la minorité kurde en Turquie et à la répression policière des publications sur les réseaux sociaux en faveur de partis pro-kurdes, que M. E serait personnellement et actuellement exposés à des risques de persécutions en cas de retour en Turquie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, auxquelles renvoient les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
6. En sixième lieu, le requérant a vécu près de 22 ans dans son pays d'origine où demeure l'essentiel de sa famille. Entré récemment en France en février 2022, sa présence a été entièrement dévolue à l'examen de sa demande d'asile et la circonstance qu'il ait été autorisé à travailler - et aurait effectivement travaillé - pendant cette durée ne caractérise pas un ancrage durable et d'une intensité particulière. Il est célibataire et sans enfant. La présence d'un frère, en situation régulière sur le territoire national, ne suffit pas à justifier d'un tel ancrage en l'absence de toute précision sur la fréquence de leurs rapports. Par suite, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée, singulièrement contre la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas établie.
7. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. ALe greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2402914
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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