mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Lepine, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un ans ;
2) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que l'arrêté :
* est entaché d'incompétence ;
* méconnaît les articles L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a été exploité dans des conditions assimilables à de la traite d'êtres humains et a déposé une plainte en ce sens ;
* est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Lepine, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision du 17 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a décidé son assignation à résidence ;
2) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que l'arrêté :
* est entaché d'incompétence ;
* méconnaît les articles L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a été exploité dans des conditions assimilables à de la traite d'êtres humains et a déposé une plainte en ce sens ;
* est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
les autres pièces des dossiers.
Vu :
la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 26 juillet 2024, présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 11 heures 35, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, né le 2 avril 1997, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en août 2022. Par arrêtés du 17 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours aux motifs qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a fait aucune démarche tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour depuis son arrivée en France, qu'il ne justifie pas travailler régulièrement, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant, célibataire et sans charge de famille non démuni de liens dans son pays d'origine, au respect de sa vie privée et familiale et que M. A n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. M. A demande l'annulation de ces décisions par deux requêtes qui présentant à juger des questions identiques et ayant fait l'objet d'une instruction commune doivent être jointes.
2. En premier lieu, M. C, qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 12 juillet 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.
3. En deuxième lieu, M. A soutient qu'il a fait l'objet de promesse et d'exploitation assimilables à de la traite d'êtres humains, situation qu'il a porté à la connaisse du tribunal judiciaire de Bobigny dans le cadre d'un dépôt de plainte du 31 mai 2024. Il ne ressort toutefois d'aucune des pièces du dossier, qui ne font état que des échanges entre l'intéressé et l'autorité judiciaire à raison des poursuites exercées à son encontre en raison d'infractions routières qui lui sont reprochées, que le requérant aurait effectué le dépôt de plainte évoqué alors que les faits, par ailleurs non justifiés dont il fait état, ne sauraient s'assimiler à la traite des êtres humains visée par les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 425-1 et R. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est par ailleurs inopérant à l'encontre de l'assignation à résidence, doit donc être écarté.
4. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui serait entré sur le territoire français en août 2022, célibataire et sans enfant, n'est entré en France qu'à l'âge de vingt-cinq ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que les décisions en litige du préfet de la Seine-Maritime en date du 17 juillet 2024 aient porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes doivent être rejetées y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.
Le magistrat désigné,La greffière,
T. BA. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2402923,2402924
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