mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2402950 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2024, et un mémoire, enregistré le 1er août 2024, M. B A, représentée par Me Boyle, demande :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 mai 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de réexaminer sa demande de regroupement familial dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie dès lors que celle-ci :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- n'est pas motivée ;
- est entachée d'erreur d'appréciation quant au non-respect des principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France au sens des dispositions du 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît le droit des membres de la famille au respect de leur vie privée et familiale ;
- méconnaît l'intérêt supérieur de leurs deux fils dans la mesure où l'aîné était privé de sa mère, repartie au Burkina Faso et où le cadet, reparti avec sa mère, était privé de son père et ce, alors que toutes autres conditions, de ressources et de logement sont remplies pour le regroupement familial ;
- revenu du Burkina Faso avec les deux enfants, ces derniers sont désormais privés de leur mère.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie ;
- aucun doute sérieux sur la légalité des motifs de l'arrêté attaqué n'est établi au vu des moyens invoqués ;
- les informations que le requérant a dissimulées, en ce qui concerne la composition exacte de la famille et l'adresse réelle du logement, conduiraient à refuser le regroupement familial en toute hypothèse.
Vu :
- la requête, enregistrée le 24 juillet 2024 sous le n° 2402949, tendant, notamment, à l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Après avoir convoqué à l'audience publique :
- Me Boyle,
- et le préfet de l'Eure.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 6 août 2024 à 13 h 30, présenté son rapport et entendu les observations de Me Niakaté, pour M. A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et, en réplique au mémoire en défense, précise que les deux filles nées d'une précédente union n'avaient pas à être déclarées au préfet dès lors qu'elles sont confiées à la garde exclusive de leur mère et que le logement est situé à Vernon et non pas en Île-de-France.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "
2. M. A, ressortissant burkinabé, s'est marié en France le 4 mai 2019 avec une compatriote. Le couple a deux fils, nés en 2020 et 2021. Leur mère est repartie au Burkina Faso avec le cadet, en exécution d'un arrêté du 4 juillet 2022 du préfet de l'Eure portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français tandis que l'aîné est resté en France avec son père. La décision du 14 mai 2024 attaquée par laquelle le préfet de l'Eure a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial est justifiée par la non-conformité par le requérant aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil, dans la mesure où il a fait l'objet d'une condamnation, le 20 janvier 2021 à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et a été mis en cause, le 21 juillet 2020 pour violence sur un mineur de 15 ans suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, du 1er mai 2017 au 21 juillet 2020 pour viol commis par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et, enfin, du 20 juillet 2021 au 30 août 2021 puis le 26 février 2022 pour non-représentation d'enfant à une personne ayant le droit de le réclamer.
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens visés ci-dessus n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'urgence à statuer, que M. A n'est pas fondé à demander la suspension des effets de la décision du 14 mai 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet de l'Eure.
Fait à Rouen, le 6 août 2024.
Le juge des référés,
Signé :
P. MINNELe greffier,
Signé :
J.-B. MIALON La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2402950
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