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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403007

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403007

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2024, M. E D, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- n'a pas été précédée de la saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision du 3 juillet 2024 prononçant l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Mary représentant M. B D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant nigérian né le 22 août 1992, déclare être entré sur le territoire national en septembre 2016, depuis l'Italie. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la CNDA, le 1er mars 2019. L'intéressé a été admis au séjour au titre de la vie privée et familiale, postérieurement à cette décision. Le 11 avril 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 août 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé son pays de destination. Cet arrêté a été annulé par le tribunal de céans, le 7 février 2022, au motif que la commission du titre de séjour n'avait pas été saisie, pour avis préalable. A la suite du réexamen enjoint par le tribunal, M. B D s'est vu délivrer un titre de séjour. Le 25 janvier 2024, il a sollicité le renouvellement de ce titre. Par l'arrêté litigieux du 26 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application, et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment, sa situation familiale, et sa situation professionnelle et administrative. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.

3. En deuxième lieu, ainsi qu'il sera exposé infra, M. B D ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit. Il s'ensuit que le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu, en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de saisir, pour avis, la commission du titre de séjour, avant de lui opposer le refus de séjour litigieux.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré sur le territoire national en septembre 2016, y résidait depuis sept ans, à la date d'édiction du refus de séjour contesté. L'intéressé séjourne en France en compagnie de sa femme, de nationalité nigériane, et de leurs trois enfants, nés en 2017, 2019 et 2023, au Havre. Toutefois, M. B D a été condamné, le 29 novembre 2019, par le tribunal correctionnel de Lyon, à trois ans d'emprisonnement pour proxénétisme aggravé avec pluralité de victimes et blanchiment visant à dissimuler le produit du délit de proxénétisme de sorte que, eu égard à la gravité de sa condamnation, qui ne peut être regardée comme ancienne, sa présence sur le sol français doit être tenue pour constitutive d'une menace pour l'ordre public. En outre, il n'est pas contesté que sa compagne, Mme C A, de nationalité nigériane a été condamnée, le 22 octobre 2020, par la Cour d'Appel de Lyon, à une peine de quatre ans d'emprisonnement pour proxénétisme aggravé avec pluralité de victimes, traite d'êtres humains commise à l'égard de plusieurs personnes et blanchiment visant à dissimuler le produit du délit de proxénétisme. Cette condamnation a été assortie d'une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français. Il s'ensuit que l'intéressée ne bénéficie plus d'aucun droit au séjour sur le territoire national. Le requérant ne produit pas le moindre commencement de preuve de ce qu'il entretient effectivement des liens avec son épouse, ni avec ses trois enfants de sorte que l'intérêt supérieur de ceux-ci ne peut être regardé comme lésé par la décision litigieuse. Enfin, si M. B D justifie d'une amorce d'insertion professionnelle dans le domaine de la propreté, depuis 2023, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale résultant du refus de séjour qui lui a été opposé par le préfet de la Seine-Maritime. Au regard de l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point n° 4 et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique. En l'espèce, la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, ainsi qu'il a été dit au point n° 2. L'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'avait donc pas à faire l'objet d'une motivation distincte.

7. En deuxième lieu, les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant tous été écartés, M. B D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

8. En troisième lieu, alors que la mesure d'éloignement contestée n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer les enfants de leurs parents et pour les motifs exposés au point n° 5, l'obligation de quitter le territoire français faite à M. B D ne lèse pas l'intérêt supérieur de ses trois enfants mineurs.

9. En quatrième lieu, pour les motifs exposés au point n° 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

10. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision, qui indique la nationalité du requérant et mentionne qu'il n'établit pas être exposé au risque de subir des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, M. B D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

13. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n° 5 et n° 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, doivent être écartés.

14. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant, n'est pas établie.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formées par M. B D doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B D, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARDLe greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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