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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403052

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403052

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Elatrassi en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Elatrassi, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté contesté :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- a été pris en violation de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est dépourvu de base légale ;

- a été pris en violation de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été pris en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Thielleux comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Labelle, substituant Me Elatrassi, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe ;

- et les observations de M. A, assisté de Mme B, interprète assermentée en langue anglaise, qui répond aux questions posées par le tribunal ; il précise ne pas avoir réceptionné l'arrêté du 22 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant nigérian né le 25 novembre 1980, serait entré en France le 25 janvier 2023 et y a, le 20 février suivant, sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision du 24 juillet 2023, confirmée par une décision du 2 février 2024 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 22 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination. Le 18 mars 2024, M. A a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du 3 avril 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande comme irrecevable. Par l'arrêté attaqué du 26 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. () ".

3. Pour interdire à M. A le retour sur le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime a considéré que lui avait été notifié un arrêté du 22 février 2024 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et que l'intéressé ne démontrait pas avoir déféré à cette mesure d'éloignement exécutoire.

4. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'arrêté du 22 février 2024 mentionné au point précédent aurait été notifié à M. A préalablement à la notification de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet lui a interdit le retour sur le territoire français. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, faute pour le préfet d'apporter la preuve que l'arrêté du 22 février 2024 été régulièrement notifié à M. A antérieurement à l'arrêté en litige, l'arrêté contesté ne pouvait être légalement fondé sur les dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que l'arrêté du 26 juin 2024 est entaché d'un défaut de base légale.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, dès lors, être rejetées.

7. En revanche, en application de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient au préfet de la Seine-Maritime ou tout préfet territorialement compétent de procéder à la suppression du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, alors que le requérant soutient sans toutefois l'établir avoir formé une demande d'aide juridictionnelle et ne sollicitant pas le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a interdit à M. A le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 septembre 2024.

La magistrate désignée,

D. Thielleux

La greffière,

N. Drouilhet

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

nd

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