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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403057

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403057

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique 3

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B, ressortissant mauritanien, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Eure du 21 juin 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le juge a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que le requérant n'établissait pas de risques en cas de retour en Mauritanie ni de vie familiale stable en France. Il a également jugé que l'interdiction de retour était justifiée au regard des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de sa faible durée de présence et de l'absence de liens familiaux intenses.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2024, et un mémoire, enregistré le 6 septembre 2024 à 2 heures 43, M. A B, représenté par Me Berthilier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le seul rejet de sa demande d'asile ne peut justifier l'interdiction de retour en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 6 septembre 2024, présenté son rapport et entendu les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1996, déclare est entré en France le 9 août 2022. Le 14 octobre 2022, il a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 25 avril 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), décision confirmée par un arrêt du 9 avril 2024 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 21 juin 2024, le préfet de l'Eure a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions dirigées contre les décisions contenues dans l'arrêté du 21 juin 2024 autres que celle portant interdiction de retour sur le territoire français :

2. En premier lieu, la circonstance que M. B soit membre de l'Initiative de Résurgence du Mouvement Abolitionniste (IRA) depuis 2012 et qu'il participe à des actions de cette association en France ne suffit pas, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA, à établir qu'il risquerait de subir en cas de retour en Mauritanie, des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance desdites stipulations doit donc être écarté.

3. En second lieu, M. B n'établit aucunement, en se bornant à produire une copie de la carte d'identité d'une ressortissante française, puis des photographies d'un mariage traditionnel qui aurait eu lieu le 7 juillet 2024 postérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué, qu'il vivait en concubinage avec elle à la date de cet arrêté, au surplus depuis la fin de l'année 2022. Au demeurant, à supposer les allégations du requérant établies, la durée de vie commune serait encore brève et le couple n'a pas d'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

4. En dernier lieu, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté, compte tenu des éléments exposés aux points 2 et 3 et en l'absence de tout autre développement à son soutien.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

5. Aux termes de l'article L 621-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. M. B n'était présent en France que depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée et, eu égard notamment à ce qui a été dit au point 3, n'établit pas y disposer de liens familiaux intenses et stables. Par suite, et même s'il est constant qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de l'Eure a pu légalement prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 doivent être rejetées. L'Etat n'ayant pas la qualité de partie perdante, les conclusions du requérant présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M A B et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. CLe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé : S. Combes

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