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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403058

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403058

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge Unique 3
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 26 juillet 2024 et le 30 juillet 2024, M. D B, représenté par Me Nadejda Bidault, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait été à nouveau statué sur son cas ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Nadejda Bidault au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation de Me Bidault au versement de l'aide juridictionnelle ;

5°) dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

' La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

' La décision portant fixation du pays de destination :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de sa requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 6 septembre 2024 à 9 heures 30, présenté son rapport et entendu les observations de Me Bidault, qui dépose une pièce, puis de M. B, assisté de M. A, interprète en pachtou.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan qui se dit né le 31 décembre 2005 dans la province de Nangarhar, est entré irrégulièrement en France le 1er octobre 2022 selon ses déclarations. Le 21 mars 2023, il s'est présenté auprès de la préfecture de la Seine-Maritime pour solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 22 janvier 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), puis le 21 mai 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 26 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y mentionne, notamment, sa situation familiale et administrative. La décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait et n'est pas entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".Aux termes de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales () "

5. La circonstance que M. B ne pourrait effectivement être éloigné en raison du contexte sécuritaire prévalant en Afghanistan n'est pas de nature à entacher la décision en litige d'une méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point 4, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. B n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant son pays de renvoi.

7. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que M. B a vu sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA et n'établit pas être exposé à la torture ou à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine est suffisamment motivée en fait et en droit.

7. En dernier lieu, M. B expose qu'il serait soumis à des risques de représailles et de violences en Afghanistan, d'une part en raison de ce qu'il y serait perçu comme " occidentalisé ", d'autre part en raison de la situation prévalant dans sa provine d'origine du Nangarhar. Il s'est également prévalu, lors de l'audience, des conséquences de la nouvelle loi promulguée par les talibans pour " promouvoir la vertu et prévenir le vice ".

8. Toutefois, d'une part, la seule circonstance, au demeurant non totalement établie, que M. B aurait quitté l'Afghanistan à l'âge de 15 ans et serait arrivé en France alors qu'il était encore mineur ne suffit pas à établir, en l'absence de tout autre élément, qu'il aurait acquis un profil occidentalisé ou qu'il risquerait de se voir imputer un tel profit. D'autre part, en se bornant à faire état de son jeune âge et de l'absence de liens sociaux solides dans sa région d'origine, il ne livre aucun argument susceptible de démontrer qu'il serait spécialement exposé, en cas de retour, à la situation de violence aveugle qui sévit dans la province de Nangarhar dont il serait originaire. Enfin, les conditions d'application de la loi pour " promouvoir la vertu et prévenir le vice ", qui reprend des interdits déjà connus en Afghanistan ainsi que l'indique la pièce déposée à l'audience pour M. B, demeurant incertaines, sa promulgation, au demeurant postérieurement à l'arrêté en litige, ne suffit pas non plus à établir que M. B risquerait d'encourir dans son pays d'origine, un traitement inhumain ou dégradant, voire la mort. Par suite, en fixant l'Afghanistan comme pays de renvoi, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point 4, non plus que les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales protégeant le droit à la vie.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. Les conclusions tendant à l'octroi de frais d'instance doivent également être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. D B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

A. CLe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé : S. Combes

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