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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403076

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403076

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantBOYLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. B E, représenté par Me Boyle, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, ou à défaut une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer des éléments supplémentaires à l'appui de sa demande de titre de séjour, et de procéder à un nouvel examen approfondi de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros toutes taxes comprises à verser à Me Boyle en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge, pour Me Boyle, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégal, dès lors que le préfet n'apporte pas la preuve de ce qu'il a été informé de la possibilité de solliciter la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de sa fille ;

- il est entaché d'erreur de droit ou à tout le moins d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que l'intégralité du traitement médicamenteux de sa fille mineure, atteinte de drépanocytose, n'est pas disponible dans son pays d'origine ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît les articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant congolais né le 4 avril 1988, serait entré en France le 7 août 2023 et y a sollicité, le 16 du même mois, le bénéfice de l'asile. Par une décision du 21 novembre 2023, confirmée par une décision du 27 mars 2024 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Par l'arrêté attaqué du 21 juin 2024, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. En premier lieu, par un arrêté n° DCAT-SJIPE-2023-28 du 2 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 27-2023-329 de la préfecture, le préfet de l'Eure a donné délégation à M. C A, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. E, mentionnent, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a été informé le 16 août 2023, par le biais de la remise de documents en langue lingala, qu'il a déclaré comprendre, qu'il pouvait déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement que celui de l'asile. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'erreur de droit, le requérant n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Il est constant que la fille mineure de M. E qui l'accompagne sur le territoire français est atteinte de drépanocytose. Le préfet ne conteste pas que l'état de santé de cette enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si le requérant soutient que les médicaments composant le traitement actuel de sa fille ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, il ne l'établit pas par les seules pièces qu'il produit. En particulier, s'il soutient qu'est prescrit à sa fille du siklos (hydroxycarbamide), aucune ordonnance médicale prescrivant ce médicament à l'intéressée n'est produite. La seule ordonnance produite par le requérant date du 17 août 2023 et prescrit à sa fille de l'oracilline (antibiotique) et du spéciafoldine (acide folique), dont il ressort de la liste des médicaments produite par le requérant que les substances actives sont disponibles dans son pays d'origine, ainsi que de l'uvedose (vitamine D), dont il n'est ni établi, ni même soutenu, que la substance active ne serait pas disponible dans le pays d'origine de M. E. Enfin, il n'est ni établi, ni même soutenu, que l'état de santé de la fille du requérant ne lui permettrait pas de voyager sans risque vers leur pays d'origine. Dans ces conditions, et en l'état du dossier, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. M. E doit être regardé comme soutenant que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation. Toutefois, le requérant réside en France depuis moins d'un an à la date de la décision contestée et ne justifie pas disposer d'attaches familiales intenses et stables sur le territoire français. Il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et sa présence sur le territoire français ne représente pas de menace pour l'ordre public. Par ailleurs, les seuls documents médicaux dont le requérant se prévaut ne sauraient caractériser des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet n'a commis ni erreur de droit au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire en litige. Ces moyens doivent dès lors être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.

La magistrate désignée,

D. D

La greffière,

N. DrouilhetLa République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

nd

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