lundi 5 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2403081 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. A B retenu au centre de rétention de Oissel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le préfet de l'Eure conclut à l'irrecevabilité de la requête et à défaut à son rejet au fond.
Il soutient que :
- la requête a été introduite tardivement ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,
- les observations de Me Macrel, avocate commise d'office, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et fait valoir en outre que :
* la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B dès lors qu'il est entré en France en 1977 alors âgé de deux ans, qu'il a travaillé comme peintre en bâtiment et qu'il est père de deux enfants âgés de 21 et 29 ans avec lesquels il entretient un lien fort et qu'il n'a pas de famille dans son pays d'origine ;
* la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
* la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;
- les observations de M. B, qui indique avoir un lien fort avec ses enfants qui résident tous deux en Normandie, qu'il entretient un lien avec sa petite fille et qu'il n'a aucune famille dans son pays d'origine, n'ayant connu que la France.
Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 9 septembre 1975, déclare être entré sur le territoire français en 1977. Le 23 mai 2024, l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue. Par un arrêté du 24 mai 2024, dont M. B retenu au centre de rétention de Oissel, demande l'annulation, le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 613-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est informé, par cette notification écrite, des conditions, prévues aux articles L. 722-3 et L. 722-7, dans lesquelles cette décision peut être exécutée d'office. / Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix ". Aux termes de l'article L. 614-6 du même code, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, en vigueur à la date de la décision attaquée : " () II.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. En vertu des articles R. 776-19, R. 776-29 et R. 776-31 du code de justice administrative, il incombe à l'administration de faire figurer, dans la notification d'une obligation de quitter le territoire français sans délai à un étranger retenu ou détenu, la possibilité de déposer sa requête dans le délai de recours contentieux auprès de l'administration chargée de la rétention ou du chef de l'établissement pénitentiaire. En cas de rétention ou de détention, lorsque l'étranger entend contester une décision prise sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour laquelle celui-ci a prévu un délai de recours bref, notamment lorsqu'il entend contester une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, la circonstance que sa requête ait été adressée, dans le délai de recours, à l'administration chargée de la rétention ou au chef d'établissement pénitentiaire, fait obstacle à ce qu'elle soit regardée comme tardive, alors même qu'elle ne parviendrait au greffe du tribunal administratif qu'après l'expiration de ce délai de recours.
4. Le préfet de l'Eure fait valoir que la requête enregistrée le 29 juillet 2024 est tardive dès lors que l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français a été notifié le 24 mai 2024 à M. B, soit au delà du délai de recours de quarante-huit heures. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux a été notifié à M. B par voie administrative, le 24 mai 2024 alors que l'intéressé était déjà placé en rétention administrative. Si la notification de l'arrêté mentionne les voies et délais de recours ouverts contre cet acte, notamment la durée de ce délai, il ne comporte pas la mention selon laquelle le destinataire de l'arrêté a la possibilité d'adresser un recours dans le délai de 48 heures auprès du chef de l'administration chargée de sa rétention administrative. Dans ces conditions, le délai de recours de 48h n'a pas pu commencer à courir, nonobstant la circonstance que M. B ait été libéré du centre de rétention postérieurement à la décision attaquée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "
6. Le préfet de l'Eure s'est fondé, pour prendre la décision attaquée, sur le fait que le comportement de M. B constituait une menace à l'ordre public, dès lors qu'il a été condamné pénalement douze fois entre 2002 et 2022.
7. Toutefois, il ressort des pièces du dossier ainsi que des mentions mêmes de l'arrêté attaqué que M. B, né en 1975, est entré sur le territoire français à l'âge de deux ans, en 1977, par le biais du regroupement familial et a été titulaire de différents titres de séjour jusqu'au 10 mai 2019. M. B fait ainsi état d'une durée de présence régulière en France de plus de 40 ans. En outre, l'intéressé fait état de la présence en France de membres de sa famille, notamment son frère qui l'hébergeait, ainsi que de ses deux enfants âgés de 21 et 29 ans et de sa petite fille âgée de 4 ans. Il ressort également des déclarations de M. B à l'audience, non dépourvues de toute vraisemblance, que l'intéressé a contribué à l'éducation et à l'entretien de ses enfants et entretient un lien régulier avec ses deux enfants et sa petite-fille qui habitent en Normandie. Par ailleurs, il n'est pas contesté que M. B a travaillé comme peintre en bâtiment en dehors de ses périodes d'incarcération. De plus, M. B soutient sans être contesté n'avoir aucune famille dans son pays d'origine où il n'a jamais vécu. S'il est constant que M. B a été condamné entre 2002 et 2022 au paiement d'amendes et à des peines de quatre mois à un an d'emprisonnement pour des faits d'usage de chèque contrefait, d'usage et de détention de stupéfiant, de violences, d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique, de conduite sans permis et sans assurance et de refus de se soumettre à un prélèvement biologique, il ressort des pièces du dossier que les condamnations de l'intéressé sont particulièrement concentrées sur la période antérieure à 2013, M. B ayant fait l'objet postérieurement à cette date de deux uniques condamnations en 2020 et 2022. Dans les circonstances particulières de l'espèce, malgré les condamnations pénales dont M. B a fait l'objet, la décision portant obligation de quitter le territoire français, compte tenu de la durée de présence en France de l'intéressé depuis 47 ans à la date de la décision attaquée, ainsi que de la présence de sa famille sur le territoire français, a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision du 24 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour refusant la délivrance d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de sa destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français qui sont ainsi privées de base légale.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
10. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la situation de M. B soit réexaminée et implique la remise à l'intéressé d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur sa situation. Il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Eure de réexaminer la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Macrel et au préfet de l'Eure.
Lu en audience publique le 5 août 2024.
La magistrate désignée,
B. ESNOL
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026