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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403082

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403082

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantBOYLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en juge unique, a rejeté la requête de M. D A, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Eure du 24 juin 2024 lui refusant un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour d’un an. Le requérant invoquait notamment l'incompétence du signataire, un défaut de motivation, une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a jugé l'ensemble des moyens infondés, confirmant la légalité des décisions préfectorales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, M. D A, représenté par Me Boyle, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel le préfet de l'Eure a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de remise de l'information prévue à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans les conditions prévues par l'instruction du 28 février 2019 relative à l'application de la loi pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie - dispositions relatives au séjour et à l'intégration entrant en vigueur le 1er mars 2019 ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré 27 août 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par décision du 2 avril 2024, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 août 2024, a été entendu le rapport du magistrat désigné.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 15 septembre 1965, est entré le 4 août 2023 sur le territoire français. Le 13 septembre 2023, il a déposé une demande d'asile en préfecture de la Seine-Maritime. Par une décision du 31 janvier 2024, confirmée par une décision du 6 juin 2024 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande. Par l'arrêté attaqué du 24 juin 2024, le préfet de l'Eure a refusé de délivrer à l'intéressé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, par arrêté du 2 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. B E, adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de l'Eure à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de son bureau, tous arrêtés, et notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, pays de renvoi et interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que la demande d'asile de M. A a été rejetée et qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine, et indique qu'il n'y est pas exposé, en cas de retour, à un risque de subir des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En dernier lieu, si M. A soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut par suite qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet s'est borné à constater que M. A n'avait pas déposé de demande de titre de séjour à la suite du dépôt de sa demande d'asile, sans lui opposer qu'une telle demande aurait été tardive. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est vu remettre, le 13 septembre 2023, une notice d'information en langue française, qu'il a déclaré lire et comprendre, lui indiquant la possibilité de demander son admission au séjour à un autre titre que l'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'instruction du 28 février 2019 doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il est constant que M. A n'a pas déposé de demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile, et en particulier au regard de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort en outre des termes de la décision attaquée que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de ses dispositions, Dans ces conditions, alors qu'il a reçu l'information prévue à l'article L. 431-2 du code précité, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code précité. Ce moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, en indiquant, dans l'arrêté attaqué, que la demande de titre de séjour de M. A est rejetée, le préfet doit être regardé comme ayant, par suite du rejet de sa demande d'asile, refusé de lui délivrer un titre de séjour en application de l'article L. 561-1 du code précité, lequel renvoie aux articles L. 424-1 et L. 424-9 du même code, qui fixent les catégories de titre de séjour devant être délivrés au bénéficiaire d'une protection internationale. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des documents médicaux versés à l'instance, que le préfet ait ce faisant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit par suite être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Les documents médicaux versés à l'instance par M. A ne permettant pas de démontrer la gravité que présenterait une interruption du suivi médical dont il bénéficie, alors en outre que, ainsi qu'il l'admet, la metformine qui lui est prescrite est un des antidiabétiques disponibles en République démocratique du Congo, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

14. Il est constant que M. A n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, le préfet n'oppose pas que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, la décision attaquée fait obstacle à ce que l'intéressé puisse le cas échéant revenir en France pour y bénéficier de soins. Dans ces conditions, en dépit de la présence récente de M. A en France, le préfet a commis, en prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an, ce qui n'était qu'une faculté dès lors qu'un délai de départ volontaire a été accordé, une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit par suite être accueilli.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 juin 2024 par laquelle le préfet de l'Eure a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 du préfet de l'Eure seulement en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".

18. Eu égard à la nature de la décision annulée, l'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions précitées, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant qu'il découle de la décision annulée. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent de procéder à cette suppression dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

19. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Ces dispositions font toutefois obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, pour l'essentiel, dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 26 juin 2024 du préfet de l'Eure portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont fait l'objet M. A, en tant qu'il découle de la décision annulée, dans les conditions fixées au point 18, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Boyle et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : J. CLe greffier,

Signé : J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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