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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403098

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403098

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, qui contestait la décision du préfet de la Seine-Maritime du 21 juillet 2024 prolongeant de deux ans son interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence du signataire, de défaut de motivation et d’erreur manifeste d’appréciation, en se fondant sur les articles L. 612-10 et L. 612-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a également jugé que la décision ne méconnaissait pas le droit à un procès équitable garanti par l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, l’intéressé pouvant être représenté lors de son audience correctionnelle. La solution retenue est le rejet de la demande d’annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 30 juillet 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis le dossier de la requête de M. B au tribunal administratif de Rouen en application de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par cette requête enregistrée le 23 juillet 2024, M. C B, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

- la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise par un signataire incompétent ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles. 612-7 et L. 612-10 ;

Le préfet de la Seine-Maritime n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé des pièces le 6 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Esnol comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol, magistrate désignée,

- les observations de Me Madeline, avocate commise d'office, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'arrêté attaqué est entaché de disproportion et méconnait le droit d'accès à un procès équitable dès lors que M. B est convoqué à une audience correctionnelle en janvier 2025.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 23 avril 1998, déclare être entré sur le territoire français en 2019. Par un arrêté du 24 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. B à quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 21 juillet 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet pour une durée de deux ans.

2. En premier lieu, M. D A qui a signé les décisions attaquées, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 9 avril 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer les décisions en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait.

3. En deuxième lieu, la décision contestée vise les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et précise notamment que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement exécutoire, sa nationalité et sa situation personnelle et familiale. Elle présente ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ".

5. M. B indique qu'il doit être jugé pour les faits de violences volontaires commis le 19 juillet 2024 sur le personnel encadrant du foyer où il était accueilli et qu'il a été convoqué pour une audience correctionnelle devant le tribunal judiciaire de Rouen le 20 janvier 2025. Il soutient que la décision attaquée l'empêchera de se défendre lors de l'audience correctionnelle, en méconnaissance de son droit à un procès équitable. Toutefois, rien ne s'oppose à ce que le requérant puisse se prévaloir des dispositions de l'article 410 du code de procédure pénale et qu'il se fasse représenter lors de l'audience pénale par un conseil, lequel pourra assurer de manière effective sa défense. En outre, la mesure de prolongation d'interdiction de retour sur le territoire français dont M. B fait déjà l'objet ne prendra ses effets que postérieurement à la date d'audience invoquée. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a pour effet de méconnaître son droit à un procès équitable garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français en 2019, qu'il est sans logement et qu'il ne fait état d'aucune attache personnelle et familiale sur le territoire français. En outre, il est constant que M. B fait l'objet de poursuite pénale pour des faits de violences physiques et verbales commises le 19 juillet 2024 à l'encontre du personnel encadrant du foyer où il était accueilli. Il en résulte que M. B ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière en France en dépit de sa durée de présence sur le territoire, le préfet de la Seine-Maritime, en fixant à deux années la durée de la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a méconnu ni le droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale, ni les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

B. ESNOL La greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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